Poèmes bilingues français-viêtnamiens
Nguyễn Văn Vĩnh 1
Chers ami(e)s,
Suite à la publication de la traduction de La cigale et la fourmi de Jean de La Fontaine par Nguyễn Văn Vĩnh (http://terrelointaine.over-blog.fr/article-con-ve-va-con-ki-n-la-cigale-et-la-fourmi-79966403.html ), plusieurs correspondants m’ont demandé de donner plus d’information sur cet érudit vietnamien.
Alors, pour les satisfaire, j’ouvre ce cycle de publications concernant cet auteur.
Je commence aujourd’hui par sa biographie, pour continuer par la suite avec les fables de La Fontaine qu’il a traduites.
Dông Phong
Courte biographie de Nguyễn Văn Vĩnh (1882-1936).
Né dans une famille pauvre de Hanoi, Nguyễn Văn Vĩnh fut loué par ses parents à l’âge de 8 ans comme gardien de bovins à Yên Phụ, sur les berges du Fleuve Rouge.
Dans cette localité existait une école française pour la formation des interprètes indigènes (les Français avaient imposé leur protectorat sur le Tonkin en 1884). Notre jeune Nguyễn Văn Vĩnh y fut rapidement embauché pour tirer à la main le grand éventail qui aérait la salle de classe. Tout en exécutant son pénible travail, il écoutait attentivement les cours, et à l’âge de 11 ans il termina 12ème sur 40 apprenants.
Remarqué par son directeur, il obtint une bourse pour suivre la formation officielle au Collège des Interprètes, d’où il sortait major en 1895.
L’année suivante, à l’âge de 14 ans, il fut embauché comme interprète officiel au palais du Résident (français) de Lào Cai à la frontière chinoise. Là il apprenait en plus l’anglais et le chinois.
Entre 1902-1905, il fut transféré à la Résidence de Hai Phong et de Bac Giang. Pendant cette période, il commença sa carrière de journaliste en collaborant au Courrier de Hai Phong et à la Tribune Indochinoise.
Il participait alors à plusieurs sociétés savantes, dont la fameuse Đông Kinh Nghĩa Thục (École Gratuite du Tonkin), en compagnie d’intellectuels nationalistes vietnamiens, dont Phan Bội Châu et Phan Chu Trinh. Ces nationalistes étaient aussi des grands réformateurs : ils préconisaient l’abandon du confucianisme et de l’écriture chinoise, et la vulgarisation de l’écriture romanisée quốc ngữ, afin que le pays s’ouvre à la modernité européenne et japonaise.
En 1906, il fut délégué à l’organisation du pavillon tonkinois de l’Exposition Coloniale à Marseille. Il y découvrit de ses propres yeux la puissance de la modernité européenne, et fut convaincu de la nécessité de réformer la société vietnamienne.
De retour au pays, il créa plusieurs journaux et revues indigènes. En même temps, il se lança dans l’édition de ses œuvres littéraires.
Il entra ensuite en politique, en tant qu’élu au Conseil Consultatif du Tonkin et au Conseil Économique de l’Indochine, où il défendait âprement les intérêts indigènes contre la rapacité des occupants français. Et pour le punir, les autorités coloniales confisquèrent ses biens et le mirent en faillite.
Il partit alors au Laos comme chercheur d’or. Et dans ce pays, il fut terrassé par un paludisme foudroyant et mourut en 1936.
De son immense œuvre littéraire, nous retiendrons notamment :
- la monumentale traduction du roman versifié Kim Vân Kiều de Nguyễn Du.
- des traductions en vietnamien de : Les fables de La Fontaine, Les misérables de Victor Hugo, Manon Lescaut de l’Abbé Prévost, Les trois mousquetaires d’Alexandre Dumas, Les aventures de Télémaque de Fénelon, Les contes de Charles Perrault, les comédies de Molière (Le misanthrope, L’avare, Le malade imaginaire), etc…
Longtemps considéré comme un « collabo » au service des colonisateurs français par des nationalistes ignorants, Nguyễn Văn Vĩnh est maintenant réhabilité comme l’un des plus grands érudits vietnamiens du XXème siècle.