Poèmes bilingues français-viêtnamiens
Hoành sơn nhất đài
Khả dĩ dung thân.
Trạng Trình Nguyễn Bỉnh Khiêm
(1491-1585)
Traduction par Dông Phong :
La montagne Hoành en une chaîne
Peut offrir un refuge sûr.
Contemporain de Nostradamus (1503-1566), le poète-ermite viêtnamien Nguyễn Bỉnh Khiêm, dit Trạng Trình (le Premier Docteur Trình), nous a légué, à côté de son œuvre poétique considérable*, des centaines de prophéties (sấm) que les Viêtnamiens friands de science divinatoire cherchent encore à interpréter pour expliquer les événements passés, voire l’actualité.
Ainsi, il est raconté que, quand Nguyễn Hoàng, l’ancêtre de la dynastie des Nguyễn (1802-1945), vint le consulter en 1558, après l’assassinat de son frère aîné Nguyễn Uông ordonné par leur beau-frère, le généralissime Trịnh Kiểm, Trạng Trình montra des fourmis rampant sur la montagne miniature qui ornait la véranda de son ermitage, et prononça les deux vers sibyllins ci-dessus. Ayant compris leur sens caché, Nguyễn Hoàng demanda à Trịnh Kiểm l’autorisation de partir comme gouverneur de la province méridionale de Thuận Hóa, qui était séparée du Tonkin par la chaîne montagneuse Hoành. Il y développera le Đàng Trong, que les Européens appelleront « Cochinchine » (le Centre Việt Nam actuel). Après de longues guerres civiles avec le Nord, ses descendants y fonderont la dynastie des Nguyễn, dont la capitale sera Huế, donnant ainsi raison à cette célèbre prophétie de Trạng Trình.
Mais bien d’autres de ses oracles ont eu des interprétations plus que douteuses, comme celui-ci actuellement :
Phú quý hồng trần mộng,
Bần cùng bạch phát sinh,
Hoa thôn đa khuyển phệ.
Les poussières rouges rêvent de richesses,
La pauvreté en découle,
Dans le village chinois beaucoup de chiens aboient.
Certains exégètes y voient cette prédiction, plus de 400 ans après : avec son fort développement économique, la Chine connaît une grande pénurie de matières premières et de pétrole, ce qui a poussé les Chinois à déclencher des conflits armés dans les archipels Hoàng Sa (Paracels) et Trường Sa (Spratleys) au large du Việt Nam, où le plateau continental est gorgé de ces précieux produits ! Fortiche, n’est-ce pas, mais y croyez-vous ?
Dông Phong
Nguyễn Bỉnh Khiêm (à droite), Victor Hugo et Sun Yat Sen, trois des « saints » vénérés par la secte syncrétiste Cao Đài.
(source : http://vi.wikipedia.org/wiki/Nguy%E1%BB%85n_B%E1%BB%89nh_Khi%C3%AAm )
* Revoir aussi un poème de notre poète-prophète : http://terrelointaine.over-blog.fr/article-nguy-n-b-nh-khiem-1491-1585-116214288.html