Poèmes bilingues français-viêtnamiens
Thế Lữ (1907-1989), premier auteur de « nouvelle poésie » du Vietnam (1)
Chers ami(e)s,
Si vous avez aimé les poètes vietnamiens que j’ai traduits tels que Hồ Xuân Hương (dernière publication : 03/08/2007), Vũ Đình Liên (02/02/2008), Hồ Dzếnh (11/01/2009), Hàn Măc Tử (dernière publication : 02/06/2009), je vous propose de faire la connaissance de Thế Lữ, le premier auteur de « nouvelle poésie » du Vietnam.
Thế Lữ est l’anagramme du prénom de Nguyễn Thứ Lễ (1907-1989), l’un des fondateurs du groupe littéraire Tự Lực (Par ses propres forces) créé en 1933 qui a révolutionné la littérature vietnamienne durant les deux décennies précédant la Deuxième Guerre Mondiale. En effet, à sa création, ce groupe dont l’initiateur était Nhất Linh Nguyễn Tường Tam (1905 - 1963) se proclama : « Toujours nouveau, jeune, aimer la vie, avoir un esprit combatif, et croire en le progrès. Suivre l’idéologie populaire, refuser le caractère élitiste. Respecter la liberté individuelle. Faire savoir aux gens que le confucianisme est devenu anachronique. Appliquer des techniques occidentales à la littérature de l’Annam ».
Bien que né à au hameau de Thái Hà à Hanoi, le jeune Nguyễn Thứ Lễ reçut ses premières humanités au lycée français Bonnal à Hải Phòng de 1925 à 1928, où il eut l’occasion de participer aux mouvements nationalistes menés par les lettrés Phan Chu Trinh (1872-1926) et Phan Bội Châu (1867-1940). Il s’inscrivit aussi à l’Association de la Jeunesse Révolutionnaire mais, étant catholique, il refusa de devenir membre du Parti Communiste issu de cette association en 1930.
Après la classe de troisième, il quitta le lycée pour s’inscrire à l’École Supérieure des Beaux Arts de Hanoi pendant quelque temps, avant de se lancer dans une carrière de poète, de romancier, de journaliste et de dramaturge.
En 1935, Thế Lữ publia son recueil de poésie Mấy vần thơ mới (Quelques vers nouveaux) qui eut un retentissement considérable : il venait d’ouvrir la voie à la « nouvelle poésie » qui allait enflammer la jeunesse et attirer de nouveaux talents tels que Xuân Diệu, Huy Cận, Nguyễn Đình Thi, etc… Mais bien vite il abandonna la poésie pour se consacrer aux romans - il fut le premier auteur de romans policiers du Viêt Nam - et au théâtre.
Et c’était le théâtre - qu’il commença dès la fin les années 1920 - qui allait occuper le reste de sa vie. Pendant la « Guerre d’Indochine » contre les Français (1946-1954), ses troupes remontaient le moral des maquisards avec des pièces patriotiques, et après l’indépendance du Nord Viêt Nam en 1954, il devint le premier président de l’Association nationale des artistes de théâtre.
Thế Lữ mourut en 1989 à Hồ Chí Minh Ville (ex-Saigon) dans le respect de tous. Et personne n’oublie sa contribution, courte certes mais décisive, à la « nouvelle poésie » vietnamienne.
Đông Phong
Sáng
Thế Lữ
Nắng soi áo trắng hoe đào
Theo cô đội nón kia vào trong sương.
Hơi lam xóa giải chân làng,
Ta đi, không biết con đường về đâu ?
Traduction par Đông Phong :
Matin
Le soleil éclaire la robe blanche d’une couleur de pêche
En suivant cette demoiselle et son chapeau conique dans la brume.
Des vapeurs bleues effacent le chemin du village,
Et je marche, sans savoir où il aboutit, vers quel rivage ?
(Extrait de Đông Phong, Des poètes de ma terre lointaine, Paris, Ed. Publibook, 2008).