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Poèmes bilingues français-viêtnamiens

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Đêm tàn Bến Ngự / Fin de nuit au Quai Impérial

 

 

 

Chers ami(e)s,

Pour bien apprécier les voyages dans les différentes régions du Viêt Nam, il faut non seulement comprendre les accents mais aussi les termes et les expressions locaux forgés à travers le temps par la géographie et l’histoire.

Ainsi par exemple, quand j’écoutais la célèbre chanson Đêm tàn Bến Ngự de Dương Thiệu Tước, que beaucoup d’entre vous devez connaître, je n’en comprenais pas toutes les paroles, n’ayant jamais vécu à Huế. Heureusement, j’ai de bons amis natifs de l’ancienne capitale impériale qui me les ont bien expliquées.

Je voudrais donc vous les partager.

Đông Phong

 

Đêm tàn Bến Ngự

            Dương Thiệu Tước

 

Ai về Bến Ngự cho ta nhắn cùng
Nhớ chăng non nước Hương Bình
Có những ngày xanh
Lưu luyến bao tình
Vương mối tơ mành

Hàng cây soi bóng nước Hương
Thuyền xa đậu bến Tiêu Tương
Lưu luyến thay phút say hương dịu buồn
Nhưng thoảng nghe khúc ca Nam Bình sầu than
Như nức nở khóc duyên bẽ bàng

Thấp thoáng trăng mờ
Ai than ai thở
Đời vui chi trong sương gió
Ai nhớ thương ai
Đây lúc đêm tàn tình đã lạt phai

Thuyền ơi đưa ta tới đâu ?
Tìm trăng, trăng khuất đã lâu
Sương xuống trên bến cô liêu thêm sầu
Bèo nước gió mây đêm ngắn tình dài
Có ai nhớ ai nơi giang đầu

Ai về Bến Ngự cho ta nhắn cùng
Bến xưa non nước Hương Bình
Những phút tàn canh
Vương vấn bao tình
Ai rứt sao đành

Thuyền mơ trong khúc Nam Ai
Đàn khuya trên sông ngân dài
Ai luyến ai tiếc khúc ca Tần Hoài
Ôi vẳng nghe tiếng ai âm thầm trầm ngân

Như nhắn nhủ mối duyên thờ ơ

Sông nước lững lờ
Ai mong ai chờ

Đời vui chi trong sương gió
Đây phút cô đơn
Ai oán cung đàn sầu vọng trần gian

 

Thuyền ơi đưa ta tới đâu
Hồn thơ vương vấn canh thâu
Thương tiếc chi phút bên nhau thêm sầu
Bao kiếp giang hồ ly biệt thường tình
Có ai nhớ... ai nơi Hương... Bình...

 

Traduction par Đông Phong :

Fin de nuit au Quai Impérial

Que quelqu’un qui rentre au Quai Impérial veuille bien y porter mon message d’amitié

Vous souvenez-vous au pays de l’Écran Parfumé

Les jours du passé

Ont laissé tant d’amours traîner

Comme des fils de soie entremêlés

 

Des rangées d’arbres se miraient dans la Rivière des Parfums

Une barque au loin était amarrée au quai Tiêu Tương

Inoubliable cet instant qui s’enivrait de parfums apaisants

Mais voilà que parvint vaguement un air plaintif de Nam Bình troublant

Qui semblait pleurer un destin désolant

 

Sous la lune intermittente qui s’estompait

Qui donc se plaignait, qui donc soupirait ?

La vie n’était point gaie dans la brume et le vent

Quelqu’un émettait la complainte des amants

Dans cette fin de nuit où l’amour se dissolvait lentement

 

Ô barque, où voulais-tu me conduire ?

Je cherchais la lune, mais depuis longtemps la lune est partie

La brume qui tombait sur le quai désert ajoutait de la mélancolie

Sur l’eau couverte de lentilles, et sous le vent et les nuages, la nuit fut courte mais l’amour dure toute la vie

Qui (en aval) se souvient encore de celui qui était en amont de la rivière ?

 

Que quelqu’un qui rentre au Quai Impérial veuille bien y porter mon message d’amitié

Sur le quai autrefois au pays de l’Écran Parfumé

En ces minutes où la nuit s’éteignait

Tant d’amours encore se prolongeaient

Et pour s’en arracher personne n’osait

 

La barque rêvait dans l’air du Nam Ai

Sur la rivière un luth retardataire s’égrenait longuement

Quelqu’un devait regretter le chant de Tn Hoài 

Je l’entendais de loin le déclamer tout doucement

Comme pour se recommander à un destin indifférent

 

L’eau de la rivière ralentit son cours

Qui espérait, qui attendait toujours ?

La vie n’était point gaie dans le vent et la brume

En ce moment de solitude

Comme le luth qui pleurait les chagrins du bas monde était tragique

 

Ô barque, où veux-tu m’emmener

L’âme poétique qui traîne ici m’a tenu toute la nuit éveillé

Mais de regretter ces moments où nous étions ensemble ne fait qu’augmenter la mélancolie

Dans nos sorts d’aventuriers les séparations sont les choses communes de la vie

Qui s’en souvient encore…qui au pays de l’Écran Parfumé ?

 

 

Note :

 

Bến Ng ou Quai Impérial : c’était à Huế, l’ancienne capitale impériale du Vietnam, le lieu des plaisirs nocturnes où les amateurs (masculins, bien sûr) pouvaient fréquenter des courtisanes très douées en chants et en musique qui recevaient leurs clients sur des petites embarcations éclairées par des lanternes. Le titre de la chanson « Fin de nuit au Quai Impérial » pourrait suggérer aussi la fin de la dynastie des Nguyễn qui y régnait de 1802 à 1945.

 

Hương Bình : surnom du pays de Huế où se trouvent deux sites naturels célèbres, Sông Hương ou la Rivière des Parfums, et Ngự Bình ou la Montagne de l’Écran (Paravent) Impérial ; pour faciliter la compréhension des lecteurs non-initiés, je l’ai traduit en contraction par Écran Parfumé.

 

Tiêu Tương et ai nơi giang đu (« celui qui était en amont de la rivière ») : ces deux expressions font référence à l’histoire et à la littérature chinoises : 1) Légende de l’amour désespéré des deux épouses de l’empereur Thuấn (Shùn en pin yin) de la Chine antique qui venaient pleurer la disparition de ce dernier au confluent des rivières Tiêu et Tương (Jiao et Xiang, dans la province de Hunan) ; 2) Référence à la fameuse complainte « Trường tương tư » (« Long mal d’amour ») de la belle Ý Nương qui, sous la dynastie des Zhou, l’a écrite au confluent Tiêu Tương car son père l’avait empêchée de se marier avec un étudiant pauvre nommé Lý Sinh ("Quân tại Tương giang đầu / Thiếp tại Tương giang vỹ » : « Mon homme, tu es en amont de la rivière Tương / Et moi, je suis en aval de la rivière Tương »). Par extension, l’expression Tiêu Tương  désigne un lieu d’amour désespéré.

 

Nam Bình (la Paix du Sud) et Nam Ai (la Mélancolie du Sud) : chants traditionnels de Huế.

 

Tn Hoài (Nostalgie de Qin) : référence probable à l’histoire chinoise concernant Hạng Vũ (Xiang Yu), souverain du royaume Sở (Chu), et sa favorite Ngu Cơ (Yu Ji) très douée pour la musique et la danse. En 221 av. JC, l’empire des Qin fut abattu par Lưu Bang (Liu Bang ou le futur Han Gao Zu, le fondateur de la dynastie des Han) et son allié Hạng Vũ. Mais Ngu Cơ, qui était prise en otage par les Qin, s’était suicidée pour conserver son amour pour Hạng Vũ. Furieux et désespéré, celui-ci fit brûler la capitale des Qin. Cette histoire a inspiré beaucoup de poèmes et de chants, tant en Chine qu’au Vietnam.

 

 

On peut écouter cette chanson qui intègre la musique traditionnelle du Centre Vietnam à la musique occidentale sur les sites :

 http://vnthuquan.net/nhac/loinhac.aspx?tid=2qtqv3m3237nvnqn1n3n31a343v3n3nqm3m3237n2nqn31n3v3nqm3m3237ntn0n1n ou http://vmdb.com/viewSong.jsp?id=50.

http://www.youtube.com/watch?v=uWnkhPxa2oQ&feature=related

 

 

 

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F
<br /> <br /> Sublime ! Et encore merci pour tant de détails intéressants !<br /> <br /> <br /> Amicalement<br /> <br /> <br /> <br />
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D
<br /> <br /> Merci beaucoup Florence d'avoir apprécié cette publication qui m'a demandé un certain temps de reherche.<br /> <br /> <br /> Bon week-end,<br /> <br /> <br /> Bien amicalement.<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> <br />