Poèmes bilingues français-viêtnamiens
Pour Margaux et Clément
L’autre soir, sur le bord d’un fleuve nonchalant,
Un vieux buffle noir dit fort civilement
À un jeune chameau à la bosse hautaine
Qui se débarbouillait au jet de la fontaine :
‘‘Viens donc, mon ami, par cette journée si chaude,
Faire trempette pour te rafraîchir la bosse,
Un bain matin, midi et soir, c’est la santé,
Et dans ce beau fleuve, vive la liberté !’’
Le chameau prit alors un petit air pincé
Pour répondre au buffle bien décontenancé :
‘‘Beurk, sais-tu que je suis le prince du désert,
Aimé et respecté par les hommes en vert,
Je ne me vautrai pas dans ta puante boue
Comme un porc impie qui se roule dans sa soue’’.
Le mépris pour une différente culture
Est si répandu dans notre pauvre nature,
Sacrebleu, pourquoi ces soit-disant grands dieux,
Qui tranquillement se marrent dans leurs cieux,
Ne reviennent-ils pas quelquefois sur la terre
Pour apprendre aux êtres à se conduire en frères.