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Poèmes bilingues français-viêtnamiens

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L'Agent Orange sévit toujours au Vietnam

Introduction. Pendant leur guerre au Viêt Nam, terminée dans la honte en avril 1975, les Américains avaient déversé par avion des milliers de tonnes d’un défoliant nommé Agent Orange contenant de la dioxine  afin de déloger les troupes communistes cachées dans la jungle de la ‘‘Piste Hô Chi Minh’’. Les Viêtnamiens en paient encore aujourd’hui des conséquences dramatiques sur leur santé. Je vous traduis ci-après un article récent sur le sujet. Dông Phong.


http://news.yahoo.com/s/ap/20070614/ap_on_re_as/vietnam_agent_orange

Thu Jun 14, 7:40 PM ET

L’Agent Orange hante toujours le Vietnam et les États Unis.

Par BEN STOCKING, Associated Press.


Plus de trente ans après la fin de la Guerre du Vietnam, l’héritage empoisonné de l’Agent Orange émerge de nouveau avec une étude scientifique qui a trouvé, à l’ancienne base de aérienne américaine de Danang, des taux extraordinairement élevés d’une contamination dangereuse pour la santé.

‘‘Ce sont des taux les plus élevés que je n’ai jamais vus de ma vie’’, déclare Thomas Boivin, le scientifique qui a dirigé ces recherches en ce printemps. ‘‘Si ce site se trouvait aux USA ou au Canada, il aurait exigé des études significatives et une décontamination immédiate.’’

Les analyses du sol réalisées par sa firme, Hatfield Consultants du Canada, ont trouvé des taux de dioxine, le composant hautement toxique de l’Agent Orange, qui sont de 300 à 400 fois supérieurs aux limites admises par la communauté internationale.

Le rapport n’est pas encore rendu public, mais Boivin et les autorités vietnamiennes en ont résumé les principaux résultats pour Associated Press.

Des analyses précédentes réalisées par Hatfield, qui travaille au Vietnam depuis 1994, avaient montré que les niveaux de dioxine étaient sans danger dans la plupart des endroits au Vietnam. Mais jusqu’à cette étude menée à l’ancienne base aérienne de Danang, la firme de consultants n’a jamais eu accès à ces quelques demi-douzaines de ‘‘points chauds’’ où l’Agent Orange, un défoliant destiné à détruire la couverture forestière de la jungle vietnamienne, était stocké et mélangé avant d’être embarqué dans les avions.

Cette étude est le produit d’un nouvel esprit de coopération entre Washington et Hanoi – après des années de discorde – en vue de résoudre ce contentieux hérité de la guerre terminée en 1975.

Lors de la visite du Président Bush au Vietnam en automne dernier, celui-ci et le Président vietnamien Nguyen Minh Triet se sont mis d’accord pour travailler ensemble pour évaluer la contamination en dioxine des anciens site de stockage de l’Agent Orange. On pense qu’ils en discuteront encore plus profondément lors de la visite que fera Triet la semaine prochaine à Washington.

La plus grande contamination à Danang est confinée dans une petite section de cette base de 2100 acres, dans la zone de mélange de l’Agent Orange.

La dioxine ne pose pas de menace immédiate pour la majorité du presque million d’habitants de cette ville ou pour le terminal de l’Aéroport International de Danang, qui est établi sur ce site étendu et qui est largement utilisé par les touristes pour se rendre sur les plages de Danang.

Mais les analyses sanguines ont trouvé des taux de dioxine élevés chez plusieurs douzaines de personnes qui régulièrement pêchent des poissons ou cueillent des fleurs de lotus dans le lac du site.

Des analyses ont aussi confirmé que les eaux de pluie ont amené de la dioxine dans les conduites d’eau et dans la communauté voisine peuplée de plus de 100 000 habitants, déclare Boivin. Les niveaux de dioxine sont seulement légèrement élevés mais pourraient augmenter si la dioxine n’est pas correctement contrôlée.

Les niveaux [de dioxine] diminuent fortement à l’extérieur de la base, déclare Charles Bailey, représentant au Vietnam de la Ford Foundation qui a financé l’étude. ‘‘Mais c’est une menace pour la santé publique, et c’est un risque’’.

Les États Unis sont en train de payer 400 000$ pour une étude d’engineering pour nettoyer le site. Ford, une organisation humanitaire basée à New York, finance aussi actuellement des mesures de contrôle, qui commenceront cet été, avant la saison des moussons.

Pour certains, néanmoins, cet effort arrive trop tard.

Nguyen Van Dung, 38 ans, et sa famille vivaient juste à l’extérieur de la base depuis 1990. Dung avait l’habitude de ramener à la maison des poissons pêchés dans le Lac des Lotus. À l’âge de 2 ans, sa fille commençait à avoir des problèmes de santé bizarres. Maintenant âgée de 7 ans, Nguyen Thi Kieu Nhung a les os de ses jambes fortement courbés et ils paraissent cassés en plusieurs endroits comme écrasés au marteau. L’os de son épaule droite saille anormalement, tendant la peau. Elle a seulement deux dents, son œil droit est presque hors de son orbite, et elle a des ulcères sur la figure. Elle ne peut pas marcher, et ne peut que se traîner sur ses fesses. Quand sa mère, Luu Thi Thu, lui change de chemise, elle hurle de douleur. ‘‘S’ils avaient agi plus tôt, nous ne serions pas exposés’’, dit Thu. ‘‘Je suis en colère, mais je ne sais que faire. Je vais à la pagode deux fois par mois pour prier que ma fille aille mieux.’’ Mais ses docteurs disent que celle-ci ne s’améliorera pas.

Les militaires vietnamiens ont pris quelques mesures pour contrôler la dioxine, mais Le Ke Son, le responsable suprême vietnamien du programme Agent Orange, dit que la décontamination de Danang et d’autres ‘‘points chauds’’ concernant l’Agent Orange coûterait au moins 40 millions de dollars, ce qui est de loin beaucoup plus élevé que ce que pourrait dépenser un pays en voie de développement. ‘‘Nous avons demandé aux Américains d’être plus actifs, pas seulement en faisant des recherches sur les effets de l’Agent Orange, mais pour en combattre les conséquences’’, dit Son. ‘‘Aussi longtemps que nous n’aurons pas résolu ce problème, nous ne pourrons pas vraiment dire que nous avons réellement normalisé nos relations’'.

Le Congrès américain a récemment débloqué 3 millions de dollars pour le problème de la contamination de la dioxine au Vietnam, et l’Ambassadeur américain Michael Marine dit qu’une partie de cette somme peut aider à financer la décontamination. Celui-ci dit aussi que d’autres donateurs, y compris le Programme de Développement des Nations Unies, pourraient y contribuer. Boivin dit que les États Unis devaient en prendre le leardership. ‘‘Il y a un réel besoin que les États Unis mettent tout à plat ici et financent la décontamination de ces sites’’, dit-il.

Pendant la guerre, les troupes U.S. stockaient l’Agent Orange dans des tonneaux de 48 gallons dans une station d’embarquement de la base et le diluaient avec de l’eau avant de le charger dans les avions. Dans ce processus, l’herbicide a pu parfois s’épandre sur le sol.

La dioxine se fixe à la poussière et aux sédiments, et reste là pour des générations, créant un danger pour les personnes qui la touchent. Bien qu’elle ne soit pas absorbée par les cultures telles que le riz, elle reste dans la graisse des poissons et des animaux qui l’ingèrent et se transmet aux humains à travers la chaîne alimentaire.

L’eau de pluie la draine à travers la zone de mélange et au Lac des Lotus sur le côté nord du site, où les analyses des sédiments ont montré des taux supérieurs aux normes internationales.

Cette eau parfois pénètre dans les conduites d’eau de la ville, et amène de la dioxine, dit Boivin.

Dans le district de Thanh Khe, juste au-dessus du mur de 3 pieds de haut qui entoure le lac, Hatfield a trouvé des taux de dioxine légèrement élevés mais généralement dans des limites acceptables. Les taux trouvés dans le voisinage à trois milles plus loin sont normaux.

La firme dit que les analyses sanguines de 55 habitants montrent des taux de dioxine sans danger pour ceux qui vivent loin de la base, et des taux élevés parmi ceux qui visitent régulièrement le Lac des Lotus. Un habitant a un taux de dioxine 175 fois supérieur à la limite de sécurité.

Il n’y a pas de signes alarmants parmi les nombreux habitants du côté nord du lac, une zone sauvage et luxuriante. Et il y a quelques jours, un homme se tenait au bord du lac avec une canne à pêche.

Le projet de Danang marque un changement significatif dans l’attitude des États Unis à l’égard de l’Agent Orange, dit Chuck Searcy du Vietnam Veterans Memorial Fund. ‘‘Pendant des années, la position officielle des Américains était principalement de nier’’, dit Searcy. ‘‘Maintenant les États Unis veulent démontrer que nous considérerons toutes les possibilités et essayerons de nous mettre d’accord sur les manières d’approcher ce problème’’.

Les résultats de l’étude d’engineering financée par les Américains, conduite par BEM Associates du New Jersey, pourront aussi s’appliquer à d’autres points chauds de l’Agent Orange, y compris l’ancienne base aérienne de Bien Hoa dans la province de Dong Nai et l’ancienne base aérienne de Phu cat dans la province de Binh Dinh. Le Vietnam et les États Unis étaient longtemps en désaccord sur l’impact de l’Agent Orange sur la santé humaine.

Le Vietnam dit que 3 millions de ses 84 millions d’habitants ont des malformations néonatales et d’autres problèmes de santé liés à la dioxine. Les États Unis disent que le nombre en est bien plus bas et que plus d’études scientifiques sont encore nécessaires pour prouver leurs liens avec l’Agent Orange.

Les États Unis indemnisent leurs anciens combattants qui disent qu’ils avaient été exposés à l’Agent Orange et qu’ils ont des problèmes de santé liés à cet herbicide.

Un procès engagé par l’Association Vietnamienne des Victimes de l’Agent Orange contre les fabricants de ce produit, aura lieu dans un tribunal d’appel américain lundi prochain. L’Ambassadeur Marine dit dans une interview que les États Unis ne projettent pas de fournir des indemnités directes. Mais il notait que, en plus des 3 millions de dollars approuvés par le Congrès, Washington a dépensé 43 millions de dollars depuis 1989 pour aider des Vietnamiens handicapés, quelles qu’en soient leurs causes. ‘‘Je pense que nous avons fait des progrès depuis ces quelques dernières années dans notre travail en commun pour essayer de mieux comprendre ce problème et trouver une voie constructive pour le résoudre’’, dit-il.

Un peu de cet argent pourrait aider à prendre soin des gens comme Nguyen Thi Trang Ngan, âgée de 17 ans. La mère de Ngan, Nguyen Thi Thuy Lieu, vivait dans son enfance à côté de la base aérienne et y entrait régulièrement pour recevoir des bonbons des soldats américains. Sa famille pêchait des poissons dans le Lac des Lotus et buvait l’eau d’un puits voisin. Maintenant sa fille ne peut pas parler, ni s’asseoir, ni marcher, ni s’habiller elle-même. Elle émet d’étranges grognements et suce son pouce. ‘‘La guerre apporte toujours des souffrances’’, dit sa mère. ‘‘Je ne blâme personne pour çà. C’est mon destin.’’ Parfois, quand elle console Ngan, sa fille se met à rire. ‘‘C’est mon plus grand bonheur’’, dit Lieu.

Addenda. Cet article est lié à l’étude récente limitée à l’ancienne base aérienne américaine de Danang. Mais une bonne partie des régions montagneuses et forestières du Centre Vietnam avait reçu de l’Agent Orange déversé par les avions américains. Dông Phong. 

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