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15 mai 2007 2 15 /05 /mai /2007 10:32

 

Les poèmes viêtnamiens en ‘‘six huit’’

La langue viêtnamienne est monosyllabique, mais comporte cinq accents ‘‘phonémiques’’ qu’on peut ajouter à une même voyelle, ce qui donne six mots différents d’un même son de base. Cette constitution rend la langue viêtnamienne très difficile pour les étrangers mais lui donne aussi une très grande musicalité : ‘‘Parce que comme si ce peuple naissait avec un organe bien juste et bien réglé, et dans une parfaite intelligence avec ses poumons, et qu’il fût naturellement maître de musique, il ne prononce jamais de paroles qu’en les proférant il ne les accompagne de quelques inflexions de voix, et qu’il ne les débite en air, de sorte qu’il est vrai de dire que de parler et de chanter chez les Tunquinois est une même chose’’ (Giovanni Filippo de Marini, Relation nouvelle et curieuse du royaume de Tunquin, 1663, p. 171).

Depuis longtemps, les six sons issus des accents ‘‘phonémiques’’ ou de leur absence sont classés en deux groupes : bằng (B) ou plat, et trắc (T) ou accentué.

De par cette complexité linguistique, la prosodie est très rigoureuse dans la poésie viêtnamienne, et particulièrement dans cette forme unique très chantante des poèmes ‘‘en six et huit pieds alternés’’, la forme la plus populaire. En outre, cette forme comporte des rimes non seulement à l’extrémité finale mais aussi à l’intérieur des vers, en alternance. Voici la règle principale des sons et des rimes des ‘‘six huit’’ :

x B/T x T x Br1

x B x T x Br1 x Br2

x B/T x T x Br2

x B x T x Br2 x Br3

x B/T x T x Br3

x B x T x Br3 x Br4

x B/T x T x Br4

x B x T x Br4 x Br5

etc…

(chacun des mots monosyllabiques comptant pour un pied est représenté par : x : son indifférent ; B : son bằng ; T : son trắc ; B/T : de préférence B, mais parfois T est admis ; Br1, Br2, Br3, Br4, Br5… : rimes 1, 2, 3, 4, 5, … obligatoirement en B).

L’exemple suivant illustre cette composition :

Gửi con cóc (Au crapaud)

Con cóc là cậu Ông Trời (Br1),

Cóc mày sao lại dở hơi (Br1) thế này (Br2),

Để cho một đảng phây phây (Br2)

Độc tài thô bạo lên thay (Br2) cháu mày (Br3)

Cóc ơi, tỉnh dậy đi ngay (Br3)

Giúp loài ếch nhái ngày mai (Br3) ‘‘cóc cần’’ (Br4)

Nhịn bao điều thối hơn phân (Br4)

Mà không phải sợ công an (Br4) làm phiền (Br5)

Malgré la complexité de l’exercice, les ‘‘six huit’’ constituent la forme poétique la plus répandue au Viêt Nam, allant des monumentaux romans versifiés classiques aux courtes chansons satiriques d’aujourd’hui, en passant par les proverbes et les comptines.

Nota. L’écriture viêtnamienne fut romanisée par les missionnaires jésuites au XVIIe siècle.

 

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Published by Dông Phong - dans Auteurs vietnamiens
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