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19 septembre 2014 5 19 /09 /septembre /2014 05:54

 

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Chers ami(e)s,

 

Depuis fin 2007, j’ai eu l’honneur d’être admis comme membre d’An Amzer Poésies, « une association au service des poètes de Bretagne ou… d’ailleurs ». Jean-Luc Aotret, alias Janus, le président de l’association, m’a permis de faire connaître mes poèmes à travers la revue An Amzer Poésies, et les fabuleux blogs Temps-Pestif et Baguenaudes, les trois publications régulières de l’association.

Aujourd’hui, pour remercier l’association, j’ai réalisé une compilation dans mon 16ème livre :

 

Đông Phong

Des lunes d’amitié

Poésie participative

 

Hommages à An Amzer Poésies

Préface de Jean-Luc Aotret

 

ISBN : 978-2-35664-093-2

Éd. Joseph Ouaknine

http://www.ouaknine.fr

200 pages

Livres faits main à la manière de vieux grimoires,

reliés cuir, dorés sur tranches

 

 

À travers le titre donné à cet ouvrage, je voulais faire un clin d’œil amical aux différentes « lunes » (catégories) de Temps-Pestif, où s’expriment les belles plumes d’An Amzer Poésies.

Commensal rempli d’admiration et de reconnaissance, je crois que les exercices de versification proposés par Maître Janus et d’autres membres devront être aussi utiles et appréciés hors de l’association : ce recueil est un véritable traité pratique des innombrables prosodies utilisées en France.

Dông Phong 

 

 

Préface

 

                    de Jean-Luc Aotret

                    An Amzer Poésies

 

 

Le vent d'Est souffle où il veut, y compris en Armorique

et Gwarlarn*, lui ne s'en offusque même pas...

Il le laisse semer ses rimes asiatiques

dans le carré fertile d'un sol à fatras,

 

dans le sillon d'un temps qui ne cesse pas d'être,

dans des courtils verbeux sous la folie des hêtres.

On voit alors fleurir, sur la lande bretonne,

la prosodie d'Orient où les haïkus drageonnent.

 

On voit tankas et quintils qui croisent le vers,

en virtuelles lices d'un cyberespace,

pour des tournois floraux où le combat s'efface

derrière le plaisir que la joute confère.

 

On voit le pérégrin, d'une terre lointaine,

baguenauder ses mots en passant les poternes,

balader son "françois" sous l'oriflamme en berne

d'une cité ducale où s'adoucit sa peine.

 

Face à la cathédrale, l'hélas en anaphore,

il convie Mélusine, pétrifiée par son sort,

à rallier sa quête plus loin vers le Ponant

pour danser la semaine avec les korrigans.

 

Enfant d'une poétique du quotidien,

l'homme devient bientôt poète sans frontières

partageant sur la toile, avec l'âme fière,

le trésor littéraire légué par les siens.

 

Les vieilles formes Viêts festonnent la fenêtre

de l'interface tour, fermée d'une clausule

en guise de persienne et la hulotte hulule

perchée sur la bannière où Pierrot règne en maître.

 

Il est le gardien pâle du cycle des lunes

d'amitiés poétiques que jamais aucune

controverse ne vient troubler de ses débats,

car, tel celui de la butte, y veille le chat !

 

Blanches, rousses ou noires, elles président,

ainsi que des Moires, aux destinées des plumes.

Fileuse d'inspiration Sélène dévide

sous le grand et blanc réverbère qu'elle allume.

 

 

*Gwalarn : vent de noroît en breton

 

 

 

 

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28 mars 2014 5 28 /03 /mars /2014 05:46

 

 

Chers ami(e)s,

Bien que la liste de mes publications figure dans la "Page" « Ouvrages publiés de Dông Phong » sur la colonne à droite de cette page, plusieurs lecteurs m’ont (gentiment) reproché la difficulté d’accès à ces liens isolés.

Alors pour leur faire plaisir, voici la liste de tous mes ouvrages publiés à ce jour.

En espérant qu'elle se prolongera encore dans l'avenir,

Bien cordialement.

Dông Phong.

 

 

 

Sous la signature de Đông Phong :

 

·           Poèmes inter mi-temps / Thơ thẩn thoảng (Éd. Publibook, 2007, 153 p.).

          Poèmes bilingues de l’auteur. ISBN : 9782748336177

·           Des poètes de ma terre lointaine (Éd. Publibook, 2008, 161 p.).

          Poèmes de Hồ Xuân Hương, Hàn Mạc Tử, Thế Lữ, Nguyễn Bính, Hồ Dzếnh, Xuân Diệu, Vũ Đình Liên et leurs traductions en français. ISBN : 9782748340501

·           Mémoire de terre lointaine / Hồi ký tha hương  (Éd. Publibook, 2009, 310 p.).

                           Poèmes bilingues de l’auteur. ISBN : 9782748345865

·           Vers de terre d’Armorique. Hommage d’un émigré reconnaissant (Éd. Publibook, 2010, 70 p.).

         Poèmes bilingues de l’auteur. ISBN : 9782748356205

·           Sous les vents d’Ouest / Dưới làn gió Tây (Éd. Publibook, 2011, 84 p.).

         Haïku bilingues de l’auteur. ISBN : 9782748368154

·           Haïsha à Ker Gwriziad. Hommage à Saint Avé (Éd. Joseph Ouaknine, 2012, 76 p.).

         Haïku et photos de l’auteur. ISBN : 9782356640666

·           Poètes de ma terre lointaine, Volume II (Éd. Joseph Ouaknine, 2012, 310 p.).

         Des poètes vietnamiens du XIème siècle à nos jours avec leurs traductions en français.   ISBN : 9782356640727  

·           Chinh phụ ngâm / Complainte d’une femme de guerrier (Éd. Joseph Ouaknine, 2013, 92 p.).

         Long poème de 412 vers du XVIIIème, traduit en français et annoté.

         ISBN : 9782356640833

 

Sous la signature de Nguyễn Tấn Hưng :

 

·           Proverbes et autres citations populaires du Viêtnam (Éd. Joseph Ouaknine, 2011, 309 p.).

        1503 proverbes et citations populaires en vietnamien, avec leur traduction et leur commentaire en français. ISBN : 9782356640611

·           Le Viêt Nam du XVIIe siècle. Un tableau socioculturel (Éd. Les Indes savantes, 2011, 249 p.).

       Ouvrage bâti à partir des mots et expressions vietnamiens du Dictionarium Annamiticum, Lusitanum, et Latinum (1651) d’Alexandre de Rhodes, complétés par des relations d’autres missionnaires contemporains et des annales et des textes de loi vietnamiens de l’époque. ISBN : 9782846541015         

·            Giovanni Filippo de Marini, s.j. (1608-1682), Relation nouvelle et curieuse du royaume de Tunquin (Éd. Joseph Ouaknine, 2013, 350 p.)

        Réactualiation et annotation par Nguyễn Tấn Hưng. ISBN : 978-2-35664-079-6

·           Alexandre de Rhodes, s.j. (1593-1660), Histoire du royaume de Tunquin (Éd. Joseph Ouaknine, 2013, 408 p.)

        Réactualiation et annotation par Nguyễn Tấn Hưng. ISBN : 978-2-35664-087-1

·           Vénérable Thich Trí Siêu, Pensée Sentiment Corps, Une approche pratique du bouddhisme libérateur des souffrances, (Éd. Joseph Ouaknine, 2014, 236 p.).

       Traduction et annotations de Nguyễn Tấn Hưng, ISBN : 978-2-35664-089-5

 

Sous la signature de Đông Phong Nguyễn Tấn Hưng :

 

·           Monts et merveilles au pays du Bois d’Aigle. (Éd. Publibook, 2009, 247 p.).

                           Cultures migratoires de la province vietnamienne de Khánh Hòa.

                           ISBN : 9782748347630

·           Papy, conte-nous ta terre lointaine – (Éd. Publibook, 2010, 145 p.).

       Contes et légendes du Viêt Nam. ISBN : 9782748351323

  

Participations aux ouvrages collectifs :

 

·           Séquences N° 48-49 (Club des Poètes Présents et Paroliers, 2006-2007).

·           Livre d’Or pour la Paix (Joseph Ouaknine, 2008).

·           Les Cahiers de Poésie 20, 21, 22, 23, 24, 25, 27, 28, 29, 30, 31, 32, 33, 34, 35, 36, 37 (Joseph Ouaknine, 2009, 2010, 2011, 2012, 2013, 2014).

·           Poésie en liberté (Les dossiers d’Aquitaine, 2010).

·           Le florilège des auteurs et poètes de la Francophonie (Société des auteurs et poètes de la Francophonie, 2010).

·           Anthologie de l’Union des Poètes Francophones (Thierry Sajat, 2012).

·           Planètes et étoiles (Les dossiers d’Aquitaine, 2012).

·           Au bonheur d’écrire (Les dossiers d’Aquitaine, 2013).

 

 

   

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22 mars 2014 6 22 /03 /mars /2014 05:35

 

 

Préface

 

Lama Jigmé Thrinlé Gyatso

(moine bouddhiste et poète, auteur

de plusieurs ouvrages et présentateur

du livre Le doigt qui montre la voie

aux éditions de l’Astronome)

 

 

C’est avec humilité et enthousiasme que j’ai accepté de préfacer ce livre du Vénérable Thích Trí Siêu.

Avec humilité car est-il convenable d’ajouter quelque chose à un tel ouvrage ? Et même si cela est concevable et possible, il y a des Maîtres, des bonzes, bonzesses et des pratiquant(e)s laïques du Mahāyāna vietnamien plus qualifiés que moi pour le faire, c’est indubitable.

Avec enthousiasme parce que ce livre recèle de grands enseignements extrêmement précieux, profonds et, comme ce qu’il y a de plus profond, d’une grande simplicité.

Bref, après la lecture de la traduction de Nguyễn Tấn Hưng (Đông Phong, un grand frère en poésie), j’ai quand même accédé à sa requête, en la considérant comme un immense cadeau !

 

Mon enthousiasme vient aussi de ce que ces enseignements me sont, au fond, très familiers. Dès le titre du premier chapitre : Comme tout le monde, et dès la première ligne, il est question d’expérience ; pas d’expériences hors du commun mais d’expériences ordinaires de la vie ordinaire : la naissance, les études, la vie de couple, le divorce... On se souviendra des enseignements du Bouddha sur la souffrance existentielle et les souffrances de la naissance, de la maladie, de la vieillesse et de la mort et par là même de la coproduction conditionnée en douze liens (dont il est question dans le chapitre Des afflictions et qui sont détaillés dans la note 35 : les Douze origines interdépendantes).

Mais peu importe, après tout, de connaître ou pas les enseignements et leurs noms car il suffit d’étudier pour acquérir ce savoir. Bien plus important est de découvrir le sens de ces enseignements dans la vie et de les expérimenter. Au début on voit l’auteur faire l’expérience d’un enchaînement de circonstances dont il a souffert, ce qui le mène petit à petit à réfléchir, comprendre et se tourner vers le chemin spirituel.

Les circonstances elles-mêmes ne sont ni bonnes ni mauvaises, c’est nous qui les vivons bien ou mal. Cependant, il n’est pas faux de les classer en trois catégories : positives, négatives, neutres.

Sur la voie bouddhique, au début en tout cas, il est recommandé de chercher ou de réunir les circonstances positives et d’éviter les circonstances négatives, et cela va même de soi, c’est une question de bon sens. Cependant, il n’est pas exclu que les circonstances néfastes puissent constituer une porte d’entrée sur le chemin spirituel qui en comporte quatre-vingt-quatre mille. Ainsi le poison peut-il devenir remède. Ainsi le poison est-il fondamentalement remède.

Sur notre planète - qui est considérée dans le Mahāyāna, le Grand Véhicule du Bouddhisme, comme la Terre pure impure du Bouddha Śākyamuni[1] - il n’existe pas une plante dont on ne puisse faire un remède médicinal. Eh bien il en va de même avec notre monde intérieur : pas une pensée, pas une émotion dont on ne puisse faire un support ou une méthode d’éveil spirituel. Ainsi est-il dit dans le Sūtra de Vimalakīrti, ou Sūtra de la liberté inconcevable :

« Ne renoncez pas au désir, à la haine et à l’ignorance, sans toutefois vous associer à eux. [...] Le trône de l’Éveil est l’émotion négative elle-même connue dans sa réelle ainsité. »[2]

Nous avons donc déjà tout : un potentiel extraordinaire dont, pourtant, nous ne cessons de nous plaindre ! Ce paradoxe, cette non-reconnaissance, ce manque d’appréciation, cette ignorance est notre plus grand malheur et la cause de toutes nos souffrances.

 

Difficile néanmoins d’avoir suffisamment de lucidité quand nous sommes en pleine souffrance pour appliquer une méthode. D’où l’utilité, voire la nécessité, d’un entraînement spirituel qui nous permettra d’être lucide et vigilant afin de pouvoir appliquer une méthode adéquate face à n’importe quelle situation. Et c’est là le cœur vibrant de ce livre que je vous incite à découvrir.

Le Vénérable Thích Trí Siêu nous offre un enseignement qui nous fait réfléchir, voir et comprendre. Son texte a le très grand mérite d’éclairer notre compréhension et c’est fondamental. Sans cela, à quoi bon pratiquer ? Sur quel fondement ? Avec quelle motivation ? Il nous introduit donc avec grande habileté aux trois entraînements principaux que sont l’Écoute - ici la lecture, la Réflexion et la Méditation, ainsi qu’aux Fondement, Voie et Fruit, et aux Vue, Méditation et Action.

 

C’est par les Pensée, Sentiment et Corps que le Vénérable nous amène vers la sagesse, grâce à une logique implacable. C’est cette logique qui rend l’enseignement du Bouddha si éveillant. Car il ne s’agit pas de croire à quoi que ce soit (comme cela est exposé à plusieurs reprises dans les chapitres Des afflictions et Les problèmes de Pensée), mais d’observer à l’intérieur et à l’extérieur, de faire l’expérience et de comprendre, puis d’intégrer cette compréhension au plus profond de l’être. Grâce à cette compréhension et à son assimilation nous serons beaucoup plus libres dans notre vie quotidienne et, par exemple, comme le Vénérable l’enseigne dans Les problèmes de Sentiment, grâce à notre lucidité nous ne confondrons plus amour et attachement et mettrons donc fin à la souffrance qui découle de cette confusion tellement répandue. Ainsi, sur le fondement de la compréhension juste, il est possible de remédier à la confusion et aux afflictions en les transformant, ce qui est la grande méthode du Mahāyāna présentée ici.

D’abord, il faut donc observer et comprendre comment nous fonctionnons en tant qu’être humain, sans rien occulter. Ainsi le Vénérable, dans sa grande bonté - dans le chapitre Les problème de Corps, n’occulte-t-il pas la sexualité, sujet presque jamais abordé par les Maîtres bouddhistes orientaux à cause de leur culture, alors que pour les occidentaux c’est devenu un sujet sans tabou et qui préoccupe beaucoup de gens ; de même il n’occulte pas les sujets de la mort et même de l’enfer qui sont assez tabous en Occident alors qu’ils ne le sont pas ou peu en Orient... Ensuite seulement on peut envisager les remèdes, les moyens et ce Chemin de la transformation avec l’accumulation parallèle de mérite et de sagesse.

Pour cela, il est recommandé de s’en remettre aux enseignements et aux conseils personnalisés d’un Maître spirituel authentique. Le chapitre Sur le chemin de la Voie donne de très précieux conseils, notamment sur la manière de trouver et de suivre un Maître. Ce chapitre clarifie des questions que beaucoup de gens - bouddhistes comme non-bouddhistes - se posent.

Puis le chapitre À la recherche du bonheur donne avec générosité des conseils et des exercices très simples et très efficaces pour la vie quotidienne et en particulier la vie de couple. Tout ce qu’a écrit l’auteur est tellement judicieux que j’aimerais pouvoir offrir ce livre à tout le monde !

 

Ce livre est réjouissant, inspirant, abordable par toutes et tous, et surtout, à n’en pas douter, très utile si l’on est motivé pour développer tout notre potentiel d’être humain.

Merci au Vénérable Thích Trí Siêu qui a fait preuve de tant de sagesse et de compassion en l’écrivant, et merci à Nguyễn Tấn Hưng pour avoir eu la très bonne idée de le traduire et la bonne idée aussi de nous introduire, via son avant-propos, aux circonstances positives qui l’ont conduit à faire cette traduction.

Car dès l’Avertissement au lecteur nous avons l’exemple d’un enchaînement de circonstances positives - que dans le bouddhisme on appelle parfois «coïncidences harmonieuses».

Puissions-nous toutes et tous prendre cet exemple comme un encouragement à ne jamais négliger les bonnes circonstances, comme si elles nous étaient dues ou étaient «normales» ; car c’est la négligence, autrement dit le manque de vigilance, qui nous empêche de reconnaître et d’apprécier les circonstances favorables. Ainsi le Bouddha Śākyamuni enseigna-t-il :

« La vigilance est le sentier de l’immortalité. La négligence est le sentier de la mort. Ceux qui sont vigilants ne meurent pas. Ceux qui sont négligents sont déjà morts. »[3]

Puissions-nous devenir capables de reconnaître et d’apprécier les bonnes circonstances et de les faire fructifier pour autrui et nous-même, avec bon cœur, avec cette aspiration à l’éveil altruiste. Personnellement, je considère que ce livre peut devenir une circonstance très favorable pour de nombreuses personnes, et même une cause de bonheur !

 

Aspirer du fond du cœur à actualiser l’éveil pour le bien de tous les êtres, voilà la motivation dont nous ne devrions jamais nous départir. C’est le fondement qui rend tout chemin praticable avec enthousiasme, même si chacun est libre de choisir le chemin ou la méthode qui lui conviendra le mieux, à condition de ne pas s’attacher à la méthode elle-même. C’est ce que nous dit ce proverbe vietnamien :

« Si la méthode ne fonctionne pas, change de méthode plutôt que de but. »[4]

En cheminant, il faut donc aussi faire preuve de souplesse. Car s’il faut de la discipline et de la rigueur, la raideur est à exclure, elle qui mène aux extrémismes les plus néfastes et regrettables, dans quelque domaine que ce soit, y compris dans le bouddhisme. Et l’un des points cruciaux des enseignements du Bouddha, c’est de vivre de telle manière que l’on n’ait rien à regretter au moment de la mort. Même si ce n’est pas le but ultime, c’est au moins un but très honorable pour cette vie.

 

Ce livre nous relie sans cesse au but d’une vie heureuse et à celui de l’éveil, et nous enseigne plusieurs méthodes pour, au niveau relatif, «réparer» puis améliorer nos Pensée, Sentiment et Corps et, au niveau ultime, réaliser leur absence de nature propre comme cela est enseigné dans le Sūtra du cœur de la sagesse transcendante.

Ce livre est un cadeau fait à l’humanité tout entière. Puisse-t-il, dans sa langue originelle, dans cette traduction française et, à l’avenir dans d’autres langues, être utile à chacune et à chacun ; c’est mon souhait du cœur.

 

Notes :

[1] Certains enseignements parlent en effet de «Terre pure impure» car le Bouddha souhaiterait ainsi nous inciter davantage à lʼeffort enthousiaste et à la persévérance pour le gain spirituel. Il sʼagit donc dʼune Terre pure où il y a encore des émotions et de la souffrance.

[2] Vimalakîrti, Soûtra de la liberté inconcevable, les enseignements de Vimalakîrti, éd. Fayard, Trésors du Bouddhisme, Paris, 2000, p.69

[3] Walpola Rahula, Lʼenseignement du Bouddha dʼaprès les textes les plus anciens, éd. Seuil, Points/ Sagesses, Paris, 1961, 1978, extraits du Dhammapada, p.168.

[4] Peter Moss, Proverbes dʼAsie, éd. France Loisirs, Paris, 2010, p.65.

 

 

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18 mars 2014 2 18 /03 /mars /2014 05:26

 

Couverure PSC MINI

 

 

Chers ami(e)s,

 

Après avoir réactualisé les relations des missionnaires jésuites, sans être chrétien, me voilà traducteur d’un vénérable bonze, sans être bouddhiste !

J’ai donc le plaisir de vous annoncer la parution de mon 15ème livre.

Bien amicalement.

Dông Phong

  

Vénérable Thích Trí Siêu

 

Pensée Sentiment Corps

Une approche pratique
du bouddhisme libérateur des souffrances

 

Traduction et annotations de

Nguyễn Tấn Hưng

Préface du

Lama Jigmé Thrinlé Gyatso

 

Éditions Joseph Ouaknine :

http://www.ouaknine.fr - joseph@ouaknine.fr

ISBN : 978-2-35664-089-5

236 pages

 

 

 

 Avertissement au lecteur

 

Lors d’une mission à Hanoi en avril 2010, j’eus l’occasion de visiter la bibliothèque de la pagode Quán Sứ (Siège de la Confédération du Bouddhisme du Viêt Nam), où son conservateur, Monsieur Nguyễn Quang Cừ (que je remercie de nouveau très sincèrement), m’offrit ce livre du Vénérable Thích Trí Siêu. Par curiosité, je l’ai feuilleté, n’étant pas bouddhiste. Mais au fil des pages, il m’a captivé, en me procurant autant d’étonnement que quand mes professeurs me faisaient découvrir Socrate, Aristote, Platon, Épicure ou Montaigne au lycée.

 

J’ai été agréablement surpris que l’auteur, tout en exposant la très riche complexité du bouddhisme, ne cherche aucunement à faire du prosélytisme en faveur de sa religion. Au contraire, il veut offrir gracieusement au lecteur une « boîte à outils » facilement applicable pour se délivrer des souffrances qui minent, par interactions continuelles, son cerveau, son cœur et son corps. L’ataraxie et l’aponie seraient à la portée de tous grâce aux pratiques proposées.

 

Le livre n’est pas dépourvu d’humour et, quand c’est nécessaire, l’auteur n’a pas hésité à montrer l’archaïsme de quelques textes sacrés devenus inadaptés à la vie moderne, et à critiquer des fidèles qui ne viennent à la pagode que pour solliciter la bénédiction des bouddhas et festoyer en oubliant de mettre en pratique les règles du bouddhisme dans leur vie quotidienne. Il raille aussi les religieux qui proposent le bouddhisme comme une pilule capable de guérir toutes les maladies, sans approfondir l’enseignement de la doctrine. Et en passant, il n’oublie pas de dénoncer le machisme et l’égoïsme de certains maris vietnamiens. Enfin, il nous met en garde contre le sectarisme, le fanatisme et la superstition : « Observer les règles pour faire du bien et éviter le mal, au profit de nous-mêmes et des autres, mais ne laissons pas les règles nous ligoter, et n’observons pas les règles pour espérer des félicitations, pour nous donner de l’autosatisfaction et du mépris pour les autres, car ce sont là les remèdes qui amènent des maladies ».

 

Cependant, c’est aussi un ouvrage savant, empli de nombreuses références bouddhiques que j’ignorais, et qui m’ont demandé des efforts pour les comprendre, d’autant plus difficilement que beaucoup de termes bouddhiques sont en sino-vietnamien, c’est-à-dire du chinois prononcé à la vietnamienne, ou en sanskrit et en pali.

 

Bien sûr, ce livre s’adresse aux Vietnamiens dont la culture traditionnelle est polythéiste et syncrétiste. Mais pris d’un désir de partage, j’ai voulu le traduire, autant que faire se peut, pour le faire connaître à mes amis francophones, en espérant que des lecteurs plus avertis veuillent bien corriger mes erreurs d’interprétation. Cependant, je dois préciser que, pour la rigueur de cette « traduction » qui n’est pas une « adaptation », j’ai maintenu des tournures de phrases usuelles en vietnamien qui pourraient choquer les yeux et les oreilles des francophones.

 

Je n’aurais jamais pu réaliser ma traduction et mes annotations sans l’aide des merveilleux dictionnaires suivants, dont je remercie les auteurs :

 

- Thiện Phúc, Phật học từ điển Việt Anh - Vietnamese English Buddhist dictionary, disponible sur le site http://thuvienhoasen.org/D_1-2_2-158_4-12480_5-50_6-1_17-1_14-1_15-1/,

 

- Philippe Cornu, Dictionnaire encyclopédique du bouddhisme, Éditions du Seuil, Paris, 2001.

 

- Lê Khả Kế, Nguyễn Lân, Từ điển Việt-Pháp - Dictionnaire Vietnamien-Français, NXB Khoa Học Xã Hội, Hanoi, 1994.

 

Enfin, je dois mentionner que j’ai supprimé quelques passages écrits particulièrement à l’intention des Vietnamiens,  et supposés trop difficiles à saisir pour les lecteurs occidentaux qui découvrent le bouddhisme. Mais, à mon humble avis, cela n’enlève rien au contenu essentiel du livre. Par ailleurs, j’ai ajouté le sous-titre « Une approche pratique du bouddhisme libérateur des souffrances » pour mieux expliciter son titre un peu ésotérique.

 

Đông Phong  Nguyễn Tấn Hưng


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4 janvier 2014 6 04 /01 /janvier /2014 05:53

 

 

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Chers ami(e)s,

Le manuscrit de cet ouvrage, qui constitue le premier fascicule de ma trilogie des « récits de voyages » des missionnaires jésuites Alexandre de Rhodes, Giovanni Filippo de Marini et Joseph Tissanier, a été rédigé en 2005, mais diverses circonstances ont empêché des éditeurs de le publier avant la Relation du P. de Marini. Monsieur Joseph Ouaknine a relevé le flambeau et a permis à ce livre de voir le jour.

J’ai donc le grand plaisir de vous annoncer la parution de mon quatorzième livre.

Dông Phong

 

Alexandre de Rhodes, s.j.

(1593-1660)

Histoire du royaume de Tunquin

 

Réactualisation et annotation de

Nguyn Tn Hưng

Préface de Philippe Papin

ISBN : 978-2-35664-087-1

Éd. Joseph Ouaknine, 408 pages

http://www.ouaknine.fr - joseph@ouaknine.fr

 

Préface

 

Philippe Papin

Université de la Sorbonne

École Pratique des Hautes Études

Histoire et Sociétés du Vietnam

 

Rares, sinon inexistants, sont les passionnés d’histoire moderne vietnamienne qui ignorent le travail d’édition critique colossal accompli par Monsieur Nguyễn Tấn Hưng depuis plusieurs années. En plus de ses travaux sur les légendes et l’histoire locale de son cher Khánh-Hòa qui ont déjà retenu l’attention des lecteurs*, il s’est en effet donné pour objectif de publier les principaux ouvrages savants et récits de voyage des missionnaires occidentaux partis évangéliser le Vietnam au XVIIe siècle, en fournissant, pour chacun d’eux, un appareil critique de tout premier ordre.

Pour ce faire, sa parfaite connaissance de la période était une condition indispensable. On en mesurera l’étendue en lisant de près les quelque six cents notes infrapaginales de cette Histoire du Royaume du Tonkin qui, chemin faisant, viennent éclairer de manière pertinente, et souvent nouvelle, les assertions d’Alexandre de Rhodes, apportant ici une précision, là un démenti, ailleurs une précision ou un complément d’information essentiel à la compréhension du texte lui-même. Disons-le simplement : il y a, en bas de la présente édition du livre d’Alexandre de Rhodes, un second livre, qui est de Nguyễn Tấn Hưng et qui nous apporte, en miroir de la vision du missionnaire, la nourriture scientifique dont nous avions besoin pour pouvoir le comprendre. Cette nourriture abondante, digeste et présentée avec élégance fait qu’on lit cette édition critique avec un plaisir intense et qu’on en ressort rassasié, repu mais léger, bien plus satisfait que nous ne l’étions, jusque-là, des maigres potages qui nous étaient servis.

La familiarité de Nguyễn Tấn Hưng avec le XVIIe siècle vietnamien, sa culture historique, ses recherches documentaires et bibliographiques, n’auraient pourtant pas suffi à faire de cet ouvrage ce qu’il est devenu. Elles l’auraient limité à n’être qu’une synthèse intelligente de nos connaissances sur la société vietnamienne de l’époque. Or la présente édition fait un pas de plus. Et ce pas supplémentaire – autant dire : cette avancée – est permis parce que Nguyễn Tấn Hưng, entre autres qualités, possède tous les secrets du Dictionarium annamiticum lusitanum et latinum qu’Alexandre de Rhodes a publié en 1651, en même temps que son récit de voyage**. Ce premier dictionnaire du vietnamien ancien est la clé de tout. Non seulement il permet de comprendre le texte lui-même, autrement dit les transcriptions curieuses (Ciuä, Vanno, Vvan, etc.), expliquant par exemple que les mystérieux Remoy sont en réalité des rợ mọi (« sauvages »), mais il autorise aussi à rentrer dans le contenu de ce qui est relaté par Alexandre de Rhodes, par exemple les rites religieux, les conseils de notables, les coutumes matrimoniales, les manière d’exprimer un décès et les différents types d’impôts. Pour établir son édition critique de l’Histoire du Royaume du Tonkin, Nguyễn Tấn Hưng a utilisé ce qui en est la matrice, comme l’avait fait Alexandre de Rhodes lui-même, et c’est ainsi qu’il parvient à éclairer les allusions qui, sans le Dictionarium, sans cette comparaison systématique du récit à la matrice, seraient malheureusement restées dans l’ombre. Plus encore : la méthode permet de rendre justice aux affirmations parfois rapides de cette Histoire du Royaume du Tonkin qui, ne l’oublions pas, avait pour principal objectif de mobiliser les puissances européennes en faveur de l’évangélisation du Vietnam. Alexandre de Rhodes, qui dédie le livre à Louis XIV, devait faire court, trouver des formules frappantes, rattacher le cas du Vietnam à ceux qui étaient connus par ailleurs, donc simplifier les choses et par exemple insister sur la proximité entre le Vietnam et la Chine ; mais, grâce au travail de Nguyễn Tấn Hưng, nous savons qu’il n’ignorait rien des subtilités locales ; par exemple, là où son récit affirme que les Vietnamiens croyaient les astres dévorés par un dragon, son dictionnaire note à juste titre que c’était un ours qui « mangeait la lune et le soleil ».

 Alexandre de Rhodes a effectué six séjours et passé dix ans au Vietnam. La connaissance qu’il avait de ce pays nous est transmise à la fois, mais de manières différentes, par sa relation de voyage et par son dictionnaire. L’un et l’autre sont importants, bien qu’ils ne relèvent pas de la même logique, ni du même mode d’argumentation. Il faut donc remercier Nguyễn Tấn Hưng d’avoir su les réunir et les remettre en perspective parce qu’ils forment, à eux deux, ensemble et en perpétuel écho, les deux faces d’un même regard occidental – qui est le premier – sur le Vietnam du XVIIe siècle.

Le texte courant d’Alexandre de Rhodes a été entièrement revu afin d’être accessible à tous. J’y suis d’autant plus sensible que je connais le prix de ce travail pour l’avoir effectué, dans un tout autre contexte, sur la langue du XVIe siècle. Moderniser le texte, tout en conservant son esprit, son sel, sa coloration d’origine, n’est pas une mince affaire. S’il est encore simple de scinder puis recomposer des phrases contournées, emboîtées, parcourues d’incises – parce qu’issues de longues complétives latines passées en français –, on craint toujours d’aller trop loin dans la révision du vocabulaire. Il faut y mettre du doigté, corriger l’indispensable, laisser intacts les mots désuets mais compréhensibles tels quels, jouer de la note à bon escient, ni trop ni trop peu, et pourtant faire preuve d’assez d’audace pour ne pas créer cette cote mal taillée qui ne contente personne. A cet exercice, Nguyễn Tấn Hưng excelle. Refermant le volume, on a la satisfaction d’avoir lu un texte clair et complet, authentique et frais, qui a gagné à être mis à jour car il fait mieux sentir, notamment dans la seconde partie, ce qu’a été l’aventure humaine de ces missionnaires aux prises avec les conditions du temps.

Il n’est pas d’usage d’écrire contre la volonté de l’auteur qu’on préface. Je vais pourtant le faire dans ce dernier paragraphe, quitte à froisser la modestie de Nguyễn Tấn Hưng qui, caché derrière ses travaux érudits, répugne à être mis en avant. Et, pourtant, comment dissimuler l’admiration que j’ai pour ses recherches historiques et linguistiques ? Pourquoi ne pas dire, simplement, que l’entreprise qu’il a formée, à laquelle il travaille sans relâche, qui doit aboutir et qui aboutira, est un modèle du genre ? J’écris ces mots à Paris et, déjà, je l’entends qui tonne à Saint-Avé. Mais j’ai passé l’âge d’obéir, même aux aînés. Alors tant pis pour vous et votre discrétion, mon cher Hưng, et merci pour ce livre admirable !

 

* Monts et merveilles au pays du bois d’aigle (Publibook, 2009, 287 p.) et Papy, conte-nous ta terre lointaine (Publibook, 2009, 145 p.).

** Nguyễn Tấn Hưng est l’auteur d’un mémoire de l’École Pratique des Hautes Études intitulé Un tableau socio-culturel du Viêt Nam du XVIIe siècle à travers le Dictionarium Annamiticum, Lusitanum, et Latinum (1651) d’Alexandre de Rhodes, S.J. (1593-1660) et d’autres écrits de missionnaires contemporains, placé sous la direction du professeur Nguyễn Thế Anh. Il a été publié sous le titre : Le Việt Nam du XVIIe siècle. Un tableau socioculturel (Paris, Les Indes Savantes, 2011).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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8 septembre 2013 7 08 /09 /septembre /2013 06:32

 

 Chinh phụ ngâm / Complainte d’une femme de guerrier

 

1. Thuở trời đất nổi cơn gió bụi,

Khách má hồng nhiều nỗi truân chiên.

Xanh kia thăm thẳm từng trên,

Vì ai gây dựng cho nên nỗi này ?

 

Quand le ciel et la terre soulèvent le vent et la poussière,

La gent aux joues roses souffre de tant de misères.

Ô Grand Bleu si lointain dans vos hauteurs,

Dites-nous donc qui a créé ces malheurs ?

  

Chers ami(e)s,

J’ai le grand plaisir de vous annoncer la parution de mon 13ème livre, honoré d’une savante préface de Monsieur Henri Copin, auquel je renouvelle mes plus vifs remerciements :

 

Đoàn Thị Điểm (1705-1748)

Chinh phụ ngâm

Complainte d’une femme de guerrier

 

Traduction et annotation de Đông Phong

Édition Joseph Ouaknine

http://www.ouaknine.fr/bienvenus.htm joseph@ouaknine.fr

ISBN : 978-2-35664-083-3

Reliure à l’ancienne, couverture cuir, dorée sur tranches

92 pages – 16 €

 

Bien cordialement.

Đông Phong

 

Préface.

Discours d’autrefois en termes nouveaux…

 Le chef-d’œuvre de la littérature vietnamienne dont Đông Phong-Nguyễn Tấn Hưng offre aujourd’hui sa traduction, se situe à un carrefour de transformations historiques, littéraires et langagières. Il apparaît au milieu du XVIIIème, une période parmi les plus troublées du Vietnam, avec ses révoltes et ses soulèvements, sa reconquête, l’instauration d’une nouvelle dynastie en 1802. 

La Complainte d’une femme de guerrier pourrait bien porter en elle le reflet de ces événements, à travers le regard personnel et intime de l’auteur, ou plutôt des auteurs. C’est ce que pensent, chacun à leur façon, les historiens de la littérature Maurice Durand et Nguyễn Tran Huan, ainsi que Lê Thành Khôi. Cette même période voit l’apogée du nôm, écriture démotique d’une langue vietnamienne qui tend à s’affranchir du chinois, et que l’on peut définir comme une écriture sino-vietnamienne. Elle s’adresse ainsi à un public plus large, qui n’entend pas forcément le chinois, et elle démontre en même temps son potentiel artistique et culturel. Les sujets traités dans la littérature en nôm sont encore d’origine ou d’influence chinoise, mais ils sont déjà vietnamisés, marquant leur relative autonomie par rapport à leur influence première, un peu à l’image des chefs d’œuvre de la tragédie du XVIIème en France par rapport aux sujets empruntés à l’histoire romaine, comme le rappellent Maurice Durand et Nguyễn Tran Huan.

Et non seulement par les thèmes ou les sujets mais aussi par la forme adoptée, la prosodie song thất lục bát ou double-sept six-huit, dont Đông Phong expose les principes et les contraintes en ouverture de ce livre. Ces contraintes, certes, d’un côté brident la créativité, mais d’un autre peuvent la stimuler, et en tout cas correspondent à un goût marqué pour la mélancolie et l’élégie, qui trouvent là leur musique retenue et plaintive. Elles la trouvent après traduction, ou plutôt interprétation, car le premier texte de la Complainte est écrit en caractères chinois, avant d’être transcrit et adapté en nôm, par Đoàn Thị Điểm, puis plus tard par Phan Huy Ich. Pourquoi rappeler ces noms si lointains ? Parce qu’il est assez rare qu’une œuvre soit plus connue par ses traductions ou adaptations, dans une langue écrite nouvelle,  que par sa version originale. Le cas mérite d’être souligné, d’autant que le texte présenté ici s’inscrit dans cette tradition et constitue une nouvelle adaptation, en français cette fois, qui prend la suite de traductions fort savantes, mais peut être un peu froides.

Traduction ou adaptation, l’hésitation n’est pas anodine. On sait que la traduction littéraire ne peut être d’une fidélité sans reproche, ou plutôt que la notion de fidélité sans reproche requiert quelques ajustements pour lui convenir. Trop fidèle, c’est la gaucherie, la fidélité rigoriste et purement lexicale. Trop peu, c’est la vraie trahison. Reste à trouver une sorte d’injuste milieu, qui laisse sa place à une part de création sensible dans la langue cible. Tel apparaît le projet de la présente adaptation, la recherche d’une certaine musique en français, qui suppose d’oublier un temps le texte de départ pour faire œuvre poétique dans la langue d’arrivée. Il nous semble que Đông Phong privilégie tout d’abord des effets de rythme, en s’accordant l’ampleur nécessaire pour dérouler son propos sans se guinder dans un mètre fixe, et tout en l’adaptant souplement au sens du passage. La diversité des rythmes est ici la règle, qu’il faut lire à haute voix pour l’entendre. Ensuite, il choisit le retour régulier de certains sons en fin de vers, mais là aussi avec grande souplesse, qui donne tantôt des rimes, tantôt de simples assonances, sous la forme du retour d’un son vocalique. Une musique discrète accompagne ainsi cette prose poétique, et lui confère le charme prenant de l’élégie.

Car tel est le bel apport de cette Complainte : cette voix d’une femme qui pleure les douleurs du temps. L’expression du sentiment personnel n’est guère la règle, alors. Le poème commence donc par une déploration générale des méfaits de la guerre, quand le ciel et le terre soulèvent le vent et la poussière… l’âme des morts aux combats est soufflée par le vent… avec d’abord la séparation du couple, et ses adieux. Ensuite, la plainte se fait plus personnelle, obsédante, c’est l’attente, avec la solitude, la tristesse pour compagne qui ramène sans cesse le souvenir de l’absent et le regret de ne pas avoir assez profité du temps partagé. Chaque pas dans la cour me ravive cent sentiments désolés…  La nature affligée sans cesse évoquée est le miroir fané de la tristesse et du regret, la pie, le coq, les insectes bruissants, le couple de loriots, tous les animaux, et même les plantes, sont les compagnons de l’amertume et du temps qui fuit en emportant la jeunesse, tandis que le cœur reste désespérément fidèle. Il faut attendre la fin du chant pour que la perspective du retour se colore d’espoir et de joie projetée, pour vous je verserai du vin dans une tasse d’or, nous renouerons les fils jusqu’à notre vieillesse ! Finalement cette complainte, si personnelle, si actuelle et si moderne dans l’expression douloureuse du sentiment intime coulé dans le langage poétique, est un magnifique chant d’amour conjugal sublimé par l’absence.

 

Henri Copin

Université de Nantes

Académie Littéraire de Bretagne et des Pays de la Loire

 

Couverture CPN


       

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28 avril 2013 7 28 /04 /avril /2013 06:15

 

Couverture-a-retenir.jpg 

 

 

Chers ami(e)s,

En suivant la voie ouverte par Monsieur Philippe Papin, de l’École Pratique des Hautes Études, pour la réactualisation critique des récits des anciens voyageurs européens au Viêt Nam, je voulais reprendre et annoter ceux des missionnaires jésuites qui étaient parmi les premiers Supérieurs de l’Église du Tonkin : Alexandre de Rhodes (1627-1630),  Giovanni Filippo de Marini (1647-1658) et Joseph Tissanier (1658-1663).

Aujourd’hui, « contre vents et marées », j’ai le plaisir de vous annoncer la parution de :

 

Giovanni Filippo de Marini

(1608-1682)

Relation nouvelle et curieuse du royaume de Tunquin

Réactualisation et annotation de

Nguyễn Tấn Hưng

Préface de Philippe Papin

ISBN : 978-2-35664-079-6

350 pages

Éditions Joseph Ouaknine

http://www.ouaknine.fr

Courriel: joseph@ouaknine.fr

 

Veuillez trouver ci-après la préface de Monsieur Papin.

Bien amicalement.

Dông Phong 

 

 

 

Préface

 

Philippe Papin

Université de la Sorbonne

École Pratique des Hautes Études

Histoire et Sociétés du Vietnam

  

La Relation nouvelle et curieuse du père Marini s’insère dans une série de tableaux descriptifs et de récits de voyage portant sur le Vietnam, et sur ses chrétientés, qui commence à la fin de la première moitié du XVIIe siècle et se poursuit, à des rythmes divers, jusqu’au cœur du XIXe siècle. Avant lui, les grands précurseurs que furent Giuliano Baldinotti, Christoforo Borri et Alexandre de Rhodes avaient déjà frayé la voie en témoignant de ce qu’ils avaient vu et appris au Vietnam. Aussi, au moment où il met en forme ses notes, autour des années 1660-1662, Filippo de Marini dispose-t-il, sur sa table de travail et sous forme de livres, déjà connus du public, d’un corpus solide de connaissances et d’impressions, d’anecdotes et de vérités, de faits avérés et d’idées reçues qui ont cours, qui sont bien établis et qu’il ne peut négliger. Ses affirmations, fondées sur une longue observation et une longue enquête, puisqu’il a vécu onze ans au nord du Vietnam, avec quelques interruptions, se glissent dans ce moule préexistant. D’autre part, et il faut s’en souvenir lorsqu’on les lit, Marini et ses semblables n’écrivent pas pour le seul plaisir de faire découvrir un pays et ses habitants ; ils accomplissent en réalité une mission prosélyte, laquelle succède à leur mission sur le terrain mais se tourne cette fois en direction de l’opinion lettrée européenne et, plus encore, en direction des relais de l’autorité politique en Europe. Baldinotti, Borri, Rhodes, Marini et tous les autres sont des militants, au sens originel du mot : ils mènent le combat, et ce combat vise à la défense et à l’expansion des chrétientés d’Asie. Par conséquent, l’image qu’ils fournissent du contexte local, de l’histoire et de la géographie, des mœurs et des coutumes, est une image qui vise avant toute chose à convaincre. On s’en persuadera en lisant la description par Marini de la richesse insolente du Vietnam, de cette abondance perpétuelle qui fait que l’habitant possède un estomac d’autruche et « ne se lève de table que quand il ne peut plus manger », le pays croulant sous le poids de ressources naturelles qui, précisément, sont celles que convoitent les négociants européens (bois, chanvre, coton, épices). On s’en persuadera encore en lisant ce qu’il dit du système politique local – si fragile qu’un rien pourrait le modifier – et d’une population robuste travailleuse qui, si elle était affranchie de la tyrannie de ses maîtres, userait de ses qualités à meilleur bénéfice.

Que la Relation de Marini ait eu pour objectif d’amener à la cause missionnaire d’éventuels soutiens politiques et commerciaux ne lui enlève rien. Le contexte fait partie du texte et rien n’interdit de lire celui-ci d’un œil critique. Au demeurant, si d’évidence les chapitres sur l’armée, l’histoire et la géographie naturelle ne sont pas les plus fiables, et encore moins les trois chapitres portant sur la religion, il se trouve que tout le reste de la Relation nouvelle et curieuse fourmille de renseignements qui sont de la première importance. Autrement dit, le lecteur d’aujourd’hui apprendra peu sur le bouddhisme (culte de « l’Idole ») mais beaucoup sur la langue et l’écriture, les habits, les manières de vivre, les cérémonies de mariage et d’enterrement, pour ne prendre que quelques exemples. Et il en apprendra d’autant plus que Nguyễn Tấn Hưng, avec la minutie qu’on lui connaît, a annoté l’ensemble du texte et apporté, quand il le fallait, des éclairages absolument indispensables à sa bonne compréhension.

Le Vietnam que présente Marini se trouve dans une situation historique très particulière. Après les crises de la fin de la dynastie des Lê, qui se sont accompagnées du réveil des grands féodaux, au début du XVIe siècle, la famille militaire des Mạc a pris le pouvoir en 1527 et l’a conservé, dans la stabilité, pendant presque un siècle. Les Mạc ont favorisé l’économie agricole, distribué aux officiers des « rizières d’émoluments », contribué à la mise en valeur de l’espace rural et, surtout, dans la droite ligne de leurs constantes libéralités envers l’armée et le clergé bouddhique, ils ont engagé le grand mouvement de privatisation des terres qui marquera l’histoire agraire du Vietnam pendant les quatre siècles à venir. Si l’on y ajoute le développement du négoce, la construction de voies de communication, de ponts, de marchés, les progrès de la circulation monétaire d’espèces courantes, force est d’admettre que cette dynastie, dite usurpatrice, a puissamment contribué à rendre prospère le Vietnam dont hériteront les Trịnh au Nord, les Nguyễn au Sud, une fois que les Lê seront restaurés.

La restauration, évoquée par Marini à plusieurs reprises, est l’œuvre de Nguyễn Kim, général de la dynastie déchue qui, en 1527, rejoint la poignée d’hommes entrés en dissidence contre le nouveau pouvoir. Dans la région du haut Nghệ-An et du Thanh-Hoa, il met sur pied une petite cour en exil, dite « Cour du Sud », qui est censée défendre l’héritier légitime de la couronne. Les loyaux, néanmoins, ne restent pas unis longtemps. En 1545, Nguyễn Kim est assassiné par Trịnh Kiểm, son propre gendre, lequel prend la tête des troupes loyalistes. Bientôt, il éloigne Nguyễn Hoàng, fils de Nguyễn Kim, en l’envoyant dans le sud du pays. La configuration politique du Vietnam des XVIIe et XVIIIe siècle est déjà là : des empereurs Lê restaurés mais placés sous la tutelle des Trịnh qui ont la haute main sur le Nord du pays tandis qu’au Sud les Nguyễn se taillent un fief qui s’accroît à mesure que la colonisation progresse en direction du delta du Mékong.

Le père Marini arrive au Nord en 1647, sous le règne formel de l’empereur Lê Thần Tông et l’autorité, bien réelle, de Trịnh Tráng. À cette époque, le pouvoir des Trịnh est bien assis. Ils sont en train de mettre en place une monarchie parallèle, appelée seigneurie, qui sera aussi stable que la dynastie des Mạc. Treize seigneurs se succèdent durant deux siècles, presque toujours de père en fils, et à chaque fois plutôt longuement : Trịnh Tùng a régné plus d’un demi siècle, son fils Trịnh Tráng pendant 34 ans, son petit-fils Trịnh Tạc pendant 25 ans. La lignée est solide, sans vacance ni régence, et elle prend la précaution d’absorber systématiquement la famille régnante – Trịnh Tùng et Trịnh Tráng ont marié leurs filles aux empereurs. Bien que reconnus par la Chine comme de simples auxiliaires de l’empereur (phó quốc vương), et bien que méprisés par ses ambassadeurs, les Trịnh se sont donné, en interne, le titre de « seigneur » – chúa : ciüa dans Marini. Jadis, ce titre désignait un généralissime (Samuel Baron appellera d’ailleurs les seigneurs « généraux du Tonkin ») mais il leur confère maintenant, dans ce nouveau contexte, une dignité civile, héréditaire et régalienne. Trịnh Tạc, celui-là même qui expulsera le père Marini en 1658, obtient de ne plus devoir se prosterner devant l’empereur et d’être assis à ses côtés pendant les cérémonies. L’administration impériale est entièrement doublée par l’administration seigneuriale et, si le processus ne fait que commencer à l’époque de Marini, il est déjà en marche : dans la deuxième moitié du XVIIe siècle, le pouvoir réel passera de la cour impériale à la résidence du seigneur et des ministères impériaux aux « départements » (phiên) seigneuriaux.

Marini, comme ses pairs, est le témoin de ce transfert de l’autorité. Il ne s’y attarde pas très longtemps, faute sans doute de saisir clairement la situation ou bien, plus probablement, parce que son propos n’est pas de décrire l’état politique du pays mais, nous l’avons dit, son état religieux, ses richesses et le gain potentiel que les royaumes européens qui soutiennent la Compagnie de Jésus en pourraient tirer. Marini, qui suggère fortement de prendre pied dans les terres à évangéliser, représente en définitive le deuxième moment des missions catholiques. Celui des grandes découvertes, du patronage portugais et de la domination franciscaine est derrière lui ; celui de l’intervention coloniale est encore loin devant ; il œuvre à ce moment intermédiaire mais crucial où Alexandre de Rhodes, son prédécesseur au Vietnam, tente de convaincre les cours royales et les salons aristocratiques de lui apporter de l’aide. Il n’obtiendra pas tout ce qu’il espérait, et cependant, en 1663, les Missions étrangères de Paris sont créées et elles vont dès lors exercer une influence qui n’est pas négligeable. Elles apporteront aussi des récits et des témoignages qui sont extrêmement précieux et qui, si je ne me trompe, sont déjà dans les tiroirs de Nguyễn Tấn Hưng.

Que celui-ci soit remercié pour son beau et patient travail, lequel s’accomplit contre vents et marées, sans jamais faiblir. Après le voyage d’Alexandre de Rhodes et son dictionnaire, après la Relation du père Marini, c’est peu dire que nous attendons avec impatience la sortie de son édition critique du témoignage laissé par le père Tissanier.

 

 

 

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16 novembre 2012 5 16 /11 /novembre /2012 06:02

 

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Chers ami(e)s,

Vous m’avez fait l’amitié d’apprécier les auteurs vietnamiens que j’ai traduits sur ce blog.

J’en ai fait une compilation qui vient d’être publiée (mon 11ème livre !) :

 

Poètes de ma terre lointaine

Volume II

310 pages

Reliure ancienne, couvertures en cuir

Éditions Joseph Ouaknine

http://www.ouaknine.fr/bienvenus.htm

ISBN : 978-2-35664-072-7

 

Dông Phong

 

Préface

par Dominique de Miscault

Artiste plasticienne,

Rédactrice en chef de Perspectives France-Vietnam

 

Elles sont belles et passionnantes ces trois cents pages !

On y aborde le Vietnam dans ce qui le meut.

Qu’est ce que cette sélection nous révèle ?

Quelle nécessité a l’auteur du recueil, de partager ses choix avec d’autres ?

Đông Phong a vécu, en pleine adolescence, une époque atrocement troublée dont on ne peut vraiment se relever. C’est donc une réponse à une époque bouleversée du Vietnam contemporain, mais pas seulement, c’est aussi la voix donnée aux pas déterminés et sans retour des exilés. En filigrane le cri de Đông Phong traverse l’histoire en s’attardant sur une espèce humaine dont les fondements sont bouleversés.

Au delà des guerres, de la distance et des déchirures sans sutures possibles, il y a la poésie, les chants des autres derrière lesquels on se cache. Ce sont les vers qui jalonnent l’histoire héroïque et quotidienne du Vietnam.

Naturellement le langage est double, l’auteur en s’appuyant sur la chronologie reconstruit ailleurs sa terre natale. Le Vietnam est revisité, réapproprié avec au loin, l’image d’un paradis perdu et pas seulement, celui de l’enfance.

A grandes enjambées dans le temps et l’espace, Đông Phong jubile et déterre ! Aux origines du Vietnam, un point d’orgue ! Le mythe fondateur, pas à pas en poésie Monts et fleuves de Lý Thường Kiệt. Une page d’histoire à grand coup de vers :

 

 Sur les monts et les fleuves du Sud règne l’empereur du Sud,

Les livres du Ciel ont clairement décidé ainsi.

Mais, féroces barbares, pourquoi les avez-vous envahis ?

Vous ne pourrez forcément qu’être anéantis !

 

La Nation vietnamienne est née, et son peuple, jusqu’à aujourd’hui, peut s’y agripper ! Mais pourquoi cette nostalgie récurrente qui imprègne la poésie vietnamienne ? Nostalgie comme trésor mais aussi puits de curiosité qui cheville le peuple à sa terre.

 

L’auteur connaît l’exil mais d’où vient-il ? Sans aucun doute du Nord… Le choix des poèmes le désigne, le dessine. Il y répond lui même, au tournant d’une page, en dévoilant que sa famille est originaire de Sơn Tây, on l’avait presque deviné !

Đông Phong se raconte. …La lune, le thé, la porte ouverte du cabanon, l’eau, la brume, la pluie, entre la terre natale à la terre d’adoption il y a toujours l’eau, les nuages et les larmes, la fleur rose du pêcher au cœur de l’hiver du Nord. Les souvenirs se brouillent, s’intensifient et se relisent.

 

Evidemment, Nguyễn Trãi et Nguyễn Du sont là, incontournables, mais au centre du recueil apparaissent les oubliés, ceux du silence assourdissant. Bien des questions n’ont pas été résolues entre ces deux guerres pitoyables ; celle des Français et celle des Américains qui se sont liés contre une machine idéologique en oubliant la chair des hommes. Bien des cris ont été ensevelis et Đông Phong s’y attelle et les fait resurgir pour notre plus grand bonheur.

A partir de 1954 le Vietnam a le « dos ensanglanté », c’est la confusion, l’épuisement, les massacres fous… Les poètes portent la libération comme les chants de guerre, mais le peuple est épuisé, las il laisse sa colère diviser et exclure en d’absurdes déchirements : Le pays est balayé de courants antagonistes et fratricides. La confusion c’est la mort, l’ensevelissement.

Tout est interdit, tout est faute !

 

Aujourd’hui

Tout le pays n’a qu’un seul mot d’ordre :

UNIFICATION

Nous croyons en le slogan qui réclame

Rendez-nous le Sud !

Je tourne ma face vers le ciel

 

La pluie se verse sans arrêt sur ceux qui quittent la terre du Nord…

 

La terreur de l’affrontement précipite celui qui pense et se plaint car,

 

Surgissant de la terre

Est l’armée des prolétaires

Chacun de ses pas fait une grande muraille

Elle a gagné la guerre

Elle sait défendre la paix

 

Comment imaginer que des patriotes, aussi sincères que Trần Dần, Lê Đạt, Phùng Quán, Hoàng Cầm et bien d’autres qui ont tant fait vibrer le peuple, parce qu’ils avaient participé à tels ou tels mouvements de contestation libertaire se sont vus relégués dans des camps et dans l’oubli ? Il aura fallu plus de trente ans avant qu’ils ne soient réhabilités et finalement reconnus largement en 2007, alors que la plupart d’entre eux étaient déjà morts !

 

Les émotions se mêlent, le temps vit des maux tragiques, les poètes les chantent.

La tourmente des années de colonisation et de guerres suinte presqu’en creux dans une langue porteuse de liberté et d’amour.

 

Sous la lune intermittente qui s’estompait

Qui donc se plaignait, qui donc soupirait ?

La vie n’était point gaie dans la brume et le vent

Quelqu’un émettait la complainte des  amants

Dans cette fin de nuit où l’amour se  dissolvait lentement

 

Sur fond de catastrophe humaine, Đông Phong termine sur la pirouette coquine de la cueilleuse de thé et du fieffé voyou non sans avoir rappelé les chants de Trịnh Công Sơn

 

Dors mon enfant

Hò ho ho hó ho hò, tu dors, dors mon enfant

Mon enfant qui dès sa naissance

Sortait déjà de ses lèvres une parole de souffrance

À vingt ans les enfants doivent partir à la guerre

Partir sans retour, ô enfant à la peau jaune de ta mère

Dors mon enfant

 

Le choix de Đông Phong relève-t-il de l’exil ? Semaison en terre française !

 

 

 

 

 

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8 avril 2012 7 08 /04 /avril /2012 05:43

 

 

Haisha-a-Ker-Gwriziad.jpg

  

 

Chers ami(e)s,

Pour remercier la commune de Saint Avé (Morhihan) qui nous a si bien accueillis depuis quarante ans, je viens de publier ce recueil :

 

Haïsha à Ker Gwriziad

Hommage à Saint Avé

76 pages

ISBN : 978-2-35664-0666-6

Éditions Joseph Ouaknine

54, rue du Moulin à Vent

93100 Montreuil

http://www.ouaknine.fr/bienvenus.htm

 

Le recueil est honoré d’une préface de Monsieur Hervé Pellois, maire de Saint Avé, et d’un avant-propos d’Alain Legoin, le fondateur de Haïkouest.

Ker Gwriziad ou la Maison des Racines est le nom breton de notre maison. Nous y avons transplanté nos racines.

Haïsha est la combinaison d’un haïku et d’une photo. Le haïku n’est pas la légende de la photo, et la photo n'est pas l'illustration du haïku ; mais l'ensemble renvoie à une pensée cachée qu’il faut deviner.

Dông Phong

 

Préface

 

Le mystère des choses peut parfois se résumer en quelques phrases.

Il faut bien du talent pour saisir, en une poignée de mots, la trajectoire mouvementée d’une vie peu banale. Je suis fier que Saint-Avé abrite des poètes comme Dông Phong.

Je suis également heureux de voir qu’un ouvrage intitulé « Hommage à Saint-Avé » soit écrit par une personne comme Dông Phong. Il a connu une vie mouvementée : émigré vietnamien venu à Saint-Avé voilà 40 ans, il écrit aujourd’hui un recueil de haïsha pour remercier Saint-Avé, et les Avéens, de l’accueil que lui et sa famille ont reçu.

Il est la preuve que nos racines* sont multiples, que notre identité se redéfinit à chaque instant.

Nous sommes plus habitués de parler du « Vent d’Ouest », celui qui amène la pluie mais aussi chasse les nuages et caractérise notre climat breton. Grâce à lui, un « Vent d’Est » empli de poésie bretonne et asiatique, souffle sur Saint-Avé.

Longue vie à notre poète dans son havre de paix avéen.

 

Hervé Pellois

Conseiller général

Maire de Saint-Avé

 

* Gwriziad en breton (Note de DP).


 

 

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16 décembre 2011 5 16 /12 /décembre /2011 06:00

 

Un tableau socioculturel du Việt Nam du XVIIe siècle.

 

 

 

Viet-Nam-XVIIe-siecle.jpg

 

 

Chers ami(e)s,

Le XVIIe siècle fut une période des plus troublées de l’histoire du Việt Nam.

En effet, bien que le pays fût toujours sous le « mandat céleste » des vua (rois) Lê, le Đại Việt (nom de l’époque) était en réalité divisé en trois principautés rivales qui se livraient des guerres sans merci : le Đàng Ngoài (ou « royaume du Tonkin ») pour les chúa Trịnh, le Đàng Trong (ou « royaume de Cochinchine ») pour les chúa Nguyễn, et le Cao Bằng pour les Mạc.

C’était aussi à partir de 1615 que les missionnaires jésuites européens arrivaient pour évangéliser le pays.

Cependant, la lecture des annales, qui rapportent surtout des événements se rattachant aux affaires des souverains et de leurs serviteurs (et de leurs ennemis), ne permet pas de dresser un tableau socioculturel clair du pays. Heureusement, les écrits que nous ont légués les missionnaires complètent les renseignements fournis par les annales, particulièrement en ce qui concerne la vie et le langage du peuple.

J’ai eu la chance d’avoir pu étudier cette période à l’École Pratique des Hautes Études (La Sorbonne, Paris), tant à travers des textes vietnamiens anciens qu’à la lumière de ceux des missionnaires.

Les résultats de mes recherches, menées entre 2000 et 2004 sous la direction du Pr. Nguyễn Thế Anh*, viennent d’être (enfin) publiés :

 

Nguyễn Tấn Hưng

Le Vietnam du XVIIe siècle

Un tableau socioculturel

ISBN : 978-2-84654-101-5  

248 p.

Aux éditions Les Indes Savantes, Paris

http://lesindessavantes.com

Mail : contact@les indessavantes.com

  

L’ouvrage est honoré d’une préface du Pr. Nguyễn Thế Anh, auquel je renouvelle ma plus profonde reconnaissance.

Bien cordialement.

Dông Phong

* Pour connaître le Pr. Nguyễn Thế Anh, on peut cliquer sur http://www.puf.com/wiki/Auteur:Nguy%C3%AAn_Th%C3%AA_Anh .

 

PS : J’espère que cette publication sera suivie de celle de ma traduction en français du Dictionarium annamiticum, lusitanum, et latinum d’Alexandre de Rhodes, qui constitue l’étude préliminaire de ces travaux de recherche.

 

Préface

 

Nguyễn Thế Anh

École Pratique des Hautes Études

Sciences Historiques et Philologiques

 

L’action missionnaire occidentale au Viêt-Nam commença véritablement vers 1615, avec l’arrivée des Jésuites de leur base de Macao. A ce moment, le pays, partagé entre “royaume du Tunquin” au nord et “royaume de Cochinchine” au sud, ne se présentait pas politiquement comme un État unifié. A cause de la situation politique et militaire difficile et des rapports délicats avec les autorités, les missionnaires furent exposés à des expulsions en de nombreuses occasions. Malgré tout, ils s’investirent activement dans les deux parties du pays, cherchant parallèlement à leur travail apostolique (évangélisation, fondation de communautés chrétiennes…) à connaître les gens et leurs pays, et à transmettre leurs découvertes pour faire connaître les contrées et les cultures avec lesquelles ils étaient entrés en contact. Ainsi, très tôt, des prêtres tels que Gaspar Luis, Giuliano Baldinotti, Christoforo Borri, avaient laissé des descriptions des deux pays vietnamiens. Surtout, la mission de ces prédicateurs donna lieu, comme en Chine et au Japon, à un certain nombre de réalisations linguistiques importantes. En effet, les missionnaires attachaient une grande importance à l’apprentissage de la langue populaire, car leurs sermons s’adressaient au peuple et dans leurs relations quotidiennes ils employaient nécessairement la langue du peuple pour pouvoir communiquer les idées et les textes. Il leur était donc indispensable de disposer d’un instrument qui pût leur permettre d’apprendre le vietnamien rapidement. Or, lorsqu’ils inaugurèrent la mission vietnamienne, les Jésuites avaient déjà une expérience de plus de vingt ans de recherche et de créations linguistiques du côté de la langue japonaise. C’est donc en quelque sorte sur le type du rômaji qu’allait être créée l’écriture romanisée du vietnamien, pour représenter les phonèmes de la langue parlée à l’aide d’un système alphabétique dérivé de l’alphabet latin.

Destinée avant tout à l’instruction et à l’usage des missionnaires, l’écriture romanisée, qui privilégiait l’aspect proprement phonétique, c’est-à-dire descriptif, pour faciliter la prononciation la plus correcte possible, leur fournissait une interface des plus commodes avec la langue orale. Elle leur offrait en outre un moyen d’échange intellectuel et de communication écrite avec les dirigeants vietnamiens de la communauté chrétienne. On exigeait d’ailleurs de ceux-ci l’apprentissage de la nouvelle écriture, grâce à laquelle une formation rigoureuse pouvait être inculquée aux catéchistes vietnamiens, dont la compréhension de la doctrine chrétienne et la dévotion religieuse devaient contribuer à développer les conversions en dépit du nombre très limité des prêtres européens. Les premières traductions en vietnamien de textes religieux chrétiens ne tardèrent pas à paraître, l’effort portant avant tout sur la création d’un vocabulaire chrétien et sur la rédaction des premiers éléments de la littérature chrétienne. En même temps, l’analyse grammaticale et phonétique de la langue vietnamienne fut poursuivie de façon systématique, permettant de mettre peu à peu au point l’écriture alphabétique appelée plus tard quốc ngữ. C’était là une œuvre collective où il est difficile de discerner la part revenant à chacun, mais à laquelle la postérité allait attacher le nom d’Alexandre de Rhodes.

Né en Avignon dans les Etats du Pape en 1593, Alexandre de Rhodes avait rejoint la Compagnie de Jésus à Rome en 1612. Arrivé à Macao en 1623, il fut envoyé à la mission de Cochinchine en 1624. Il en fut rappelé deux ans plus tard en vue de fonder, avec le missionnaire portugais Marques comme supérieur, la mission du Tonkin, où il séjourna de 1627 à son expulsion en 1630. Après 10 ans passés à Macao (1630-1640), il fut renvoyé en Cochinchine comme responsable de cette mission ; il y fit trois séjours entre 1640 et son expulsion définitive en 1645. De ses différents passages au Sud et au Nord Viêt-Nam, il rapporta une œuvre considérable ; sa connaissance parfaite de la langue, des mœurs, des ressources, de l’histoire du pays en fit un excellent reporter avant la lettre. Lorsqu’en 1645 il fut rappelé à Rome, il emmena dans ses bagages divers ouvrages historiques sur la mission du Viêt-Nam, un Dictionarium Annamiticum Lusitanum et Latinum et un catéchisme en latin et vietnamien divisé en huit jours, dont la publication eut un retentissement considérable.

Le dictionnaire d'Alexandre de Rhodes représente une importance capitale dans la notation de la langue vietnamienne et le système qu’il offre n’a pas subi de grandes transformations jusqu’à nos jours. Alexandre de Rhodes n’avait certes pas inventé ce système de transcription qui était un produit des alphabets latin, grec, italien, espagnol et portugais, mais il l’avait codifié et répandu. Publié en 1651, ce premier dictionnaire imprimé en écriture romaine contient environ 8.000 entrées vietnamiennes avec leurs traductions en portugais et en latin, et comprend également en supplément un exposé (Brevis Declaratio) sur la transcription de la langue vietnamienne, en d’autres termes une notice sur la phonétique et les notions de grammaire.

Parce qu’il enregistre entre autres certains groupes consonantiques reflétant la prononciation du temps de l’apostolat de son auteur, le Dictionarium constitue un document des plus précieux pour la linguistique historique. Ainsi, dans la version du quốc ngữ qu’il représente, les consonnes nasales finales dorso-prépalatale, dorso-vélaire et labio-vélaire, par exemple, font l’objet de trois notations graphiques différentes, qui reproduisent bien la prononciation standard de la région de Hà Nội, tel qu’un auditeur portugais attentif pouvait l’analyser dans le système de notation auquel il était habitué. Cela, malgré ce qu’a pu laisser entendre le P. Giovanni Filippo de Marini, dont la relation (Delle Missioni de’ Padri della Compagnia di Giesu nella provincia del Giappone, e particolarmente di quella di Tumkino… Rome, 1663), presque contemporaine des œuvres d’Alexandre de Rhodes, les complète pour l’histoire de l’action des Jésuites au Nord Viêt-Nam, et qui exprime quelque dédain pour son devancier de pratiquer plutôt le parler de Cochinchine, “grossier” par rapport à la langue standard de la capitale royale, car c’est aussi ce parler sudiste que l’orthographe du Dictionarium semble représenter dans certains cas. De toute manière, le Dictionarium reste irremplaçable pour connaître l’état de la langue vietnamienne au XVIIe siècle et son évolution.

Ce n’est toutefois pas pour le seul dossier linguistique que Nguyễn Tấn Hưng s’est attaché à l’analyse approfondie du Dictionarium d’Alexandre de Rhodes, même s’il a dressé avec infiniment de patience la longue liste des mots ayant changé de prononciation et de sens au cours des siècles successifs, non pas en linguiste chevronné, mais en amoureux attentif de la langue qu’il pratique depuis l’enfance. Il a surtout voulu comprendre la perception des “pays” vietnamiens qui avait permis aux étrangers tels que les missionnaires occidentaux de rédiger leurs ouvrages sur le Viêt-Nam. D’où ce tableau socioculturel du Viêt-Nam du XVIIe siècle, composé à travers les écrits d’Alexandre de Rhodes et d’autres missionnaires, complétés cependant avec des textes anciens vietnamiens. Ce faisant, Nguyễn Tấn Hưng participe en quelque sorte, et sans vouloir peut-être se l’avouer, à cet ensemble d’initiatives interculturelles ayant présidé à la création du quốc ngữ.

 

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