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28 avril 2013 7 28 /04 /avril /2013 06:15

 

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Chers ami(e)s,

En suivant la voie ouverte par Monsieur Philippe Papin, de l’École Pratique des Hautes Études, pour la réactualisation critique des récits des anciens voyageurs européens au Viêt Nam, je voulais reprendre et annoter ceux des missionnaires jésuites qui étaient parmi les premiers Supérieurs de l’Église du Tonkin : Alexandre de Rhodes (1627-1630),  Giovanni Filippo de Marini (1647-1658) et Joseph Tissanier (1658-1663).

Aujourd’hui, « contre vents et marées », j’ai le plaisir de vous annoncer la parution de :

 

Giovanni Filippo de Marini

(1608-1682)

Relation nouvelle et curieuse du royaume de Tunquin

Réactualisation et annotation de

Nguyễn Tấn Hưng

Préface de Philippe Papin

ISBN : 978-2-35664-079-6

350 pages

Éditions Joseph Ouaknine

http://www.ouaknine.fr

Courriel: joseph@ouaknine.fr

 

Veuillez trouver ci-après la préface de Monsieur Papin.

Bien amicalement.

Dông Phong 

 

 

 

Préface

 

Philippe Papin

Université de la Sorbonne

École Pratique des Hautes Études

Histoire et Sociétés du Vietnam

  

La Relation nouvelle et curieuse du père Marini s’insère dans une série de tableaux descriptifs et de récits de voyage portant sur le Vietnam, et sur ses chrétientés, qui commence à la fin de la première moitié du XVIIe siècle et se poursuit, à des rythmes divers, jusqu’au cœur du XIXe siècle. Avant lui, les grands précurseurs que furent Giuliano Baldinotti, Christoforo Borri et Alexandre de Rhodes avaient déjà frayé la voie en témoignant de ce qu’ils avaient vu et appris au Vietnam. Aussi, au moment où il met en forme ses notes, autour des années 1660-1662, Filippo de Marini dispose-t-il, sur sa table de travail et sous forme de livres, déjà connus du public, d’un corpus solide de connaissances et d’impressions, d’anecdotes et de vérités, de faits avérés et d’idées reçues qui ont cours, qui sont bien établis et qu’il ne peut négliger. Ses affirmations, fondées sur une longue observation et une longue enquête, puisqu’il a vécu onze ans au nord du Vietnam, avec quelques interruptions, se glissent dans ce moule préexistant. D’autre part, et il faut s’en souvenir lorsqu’on les lit, Marini et ses semblables n’écrivent pas pour le seul plaisir de faire découvrir un pays et ses habitants ; ils accomplissent en réalité une mission prosélyte, laquelle succède à leur mission sur le terrain mais se tourne cette fois en direction de l’opinion lettrée européenne et, plus encore, en direction des relais de l’autorité politique en Europe. Baldinotti, Borri, Rhodes, Marini et tous les autres sont des militants, au sens originel du mot : ils mènent le combat, et ce combat vise à la défense et à l’expansion des chrétientés d’Asie. Par conséquent, l’image qu’ils fournissent du contexte local, de l’histoire et de la géographie, des mœurs et des coutumes, est une image qui vise avant toute chose à convaincre. On s’en persuadera en lisant la description par Marini de la richesse insolente du Vietnam, de cette abondance perpétuelle qui fait que l’habitant possède un estomac d’autruche et « ne se lève de table que quand il ne peut plus manger », le pays croulant sous le poids de ressources naturelles qui, précisément, sont celles que convoitent les négociants européens (bois, chanvre, coton, épices). On s’en persuadera encore en lisant ce qu’il dit du système politique local – si fragile qu’un rien pourrait le modifier – et d’une population robuste travailleuse qui, si elle était affranchie de la tyrannie de ses maîtres, userait de ses qualités à meilleur bénéfice.

Que la Relation de Marini ait eu pour objectif d’amener à la cause missionnaire d’éventuels soutiens politiques et commerciaux ne lui enlève rien. Le contexte fait partie du texte et rien n’interdit de lire celui-ci d’un œil critique. Au demeurant, si d’évidence les chapitres sur l’armée, l’histoire et la géographie naturelle ne sont pas les plus fiables, et encore moins les trois chapitres portant sur la religion, il se trouve que tout le reste de la Relation nouvelle et curieuse fourmille de renseignements qui sont de la première importance. Autrement dit, le lecteur d’aujourd’hui apprendra peu sur le bouddhisme (culte de « l’Idole ») mais beaucoup sur la langue et l’écriture, les habits, les manières de vivre, les cérémonies de mariage et d’enterrement, pour ne prendre que quelques exemples. Et il en apprendra d’autant plus que Nguyễn Tấn Hưng, avec la minutie qu’on lui connaît, a annoté l’ensemble du texte et apporté, quand il le fallait, des éclairages absolument indispensables à sa bonne compréhension.

Le Vietnam que présente Marini se trouve dans une situation historique très particulière. Après les crises de la fin de la dynastie des Lê, qui se sont accompagnées du réveil des grands féodaux, au début du XVIe siècle, la famille militaire des Mạc a pris le pouvoir en 1527 et l’a conservé, dans la stabilité, pendant presque un siècle. Les Mạc ont favorisé l’économie agricole, distribué aux officiers des « rizières d’émoluments », contribué à la mise en valeur de l’espace rural et, surtout, dans la droite ligne de leurs constantes libéralités envers l’armée et le clergé bouddhique, ils ont engagé le grand mouvement de privatisation des terres qui marquera l’histoire agraire du Vietnam pendant les quatre siècles à venir. Si l’on y ajoute le développement du négoce, la construction de voies de communication, de ponts, de marchés, les progrès de la circulation monétaire d’espèces courantes, force est d’admettre que cette dynastie, dite usurpatrice, a puissamment contribué à rendre prospère le Vietnam dont hériteront les Trịnh au Nord, les Nguyễn au Sud, une fois que les Lê seront restaurés.

La restauration, évoquée par Marini à plusieurs reprises, est l’œuvre de Nguyễn Kim, général de la dynastie déchue qui, en 1527, rejoint la poignée d’hommes entrés en dissidence contre le nouveau pouvoir. Dans la région du haut Nghệ-An et du Thanh-Hoa, il met sur pied une petite cour en exil, dite « Cour du Sud », qui est censée défendre l’héritier légitime de la couronne. Les loyaux, néanmoins, ne restent pas unis longtemps. En 1545, Nguyễn Kim est assassiné par Trịnh Kiểm, son propre gendre, lequel prend la tête des troupes loyalistes. Bientôt, il éloigne Nguyễn Hoàng, fils de Nguyễn Kim, en l’envoyant dans le sud du pays. La configuration politique du Vietnam des XVIIe et XVIIIe siècle est déjà là : des empereurs Lê restaurés mais placés sous la tutelle des Trịnh qui ont la haute main sur le Nord du pays tandis qu’au Sud les Nguyễn se taillent un fief qui s’accroît à mesure que la colonisation progresse en direction du delta du Mékong.

Le père Marini arrive au Nord en 1647, sous le règne formel de l’empereur Lê Thần Tông et l’autorité, bien réelle, de Trịnh Tráng. À cette époque, le pouvoir des Trịnh est bien assis. Ils sont en train de mettre en place une monarchie parallèle, appelée seigneurie, qui sera aussi stable que la dynastie des Mạc. Treize seigneurs se succèdent durant deux siècles, presque toujours de père en fils, et à chaque fois plutôt longuement : Trịnh Tùng a régné plus d’un demi siècle, son fils Trịnh Tráng pendant 34 ans, son petit-fils Trịnh Tạc pendant 25 ans. La lignée est solide, sans vacance ni régence, et elle prend la précaution d’absorber systématiquement la famille régnante – Trịnh Tùng et Trịnh Tráng ont marié leurs filles aux empereurs. Bien que reconnus par la Chine comme de simples auxiliaires de l’empereur (phó quốc vương), et bien que méprisés par ses ambassadeurs, les Trịnh se sont donné, en interne, le titre de « seigneur » – chúa : ciüa dans Marini. Jadis, ce titre désignait un généralissime (Samuel Baron appellera d’ailleurs les seigneurs « généraux du Tonkin ») mais il leur confère maintenant, dans ce nouveau contexte, une dignité civile, héréditaire et régalienne. Trịnh Tạc, celui-là même qui expulsera le père Marini en 1658, obtient de ne plus devoir se prosterner devant l’empereur et d’être assis à ses côtés pendant les cérémonies. L’administration impériale est entièrement doublée par l’administration seigneuriale et, si le processus ne fait que commencer à l’époque de Marini, il est déjà en marche : dans la deuxième moitié du XVIIe siècle, le pouvoir réel passera de la cour impériale à la résidence du seigneur et des ministères impériaux aux « départements » (phiên) seigneuriaux.

Marini, comme ses pairs, est le témoin de ce transfert de l’autorité. Il ne s’y attarde pas très longtemps, faute sans doute de saisir clairement la situation ou bien, plus probablement, parce que son propos n’est pas de décrire l’état politique du pays mais, nous l’avons dit, son état religieux, ses richesses et le gain potentiel que les royaumes européens qui soutiennent la Compagnie de Jésus en pourraient tirer. Marini, qui suggère fortement de prendre pied dans les terres à évangéliser, représente en définitive le deuxième moment des missions catholiques. Celui des grandes découvertes, du patronage portugais et de la domination franciscaine est derrière lui ; celui de l’intervention coloniale est encore loin devant ; il œuvre à ce moment intermédiaire mais crucial où Alexandre de Rhodes, son prédécesseur au Vietnam, tente de convaincre les cours royales et les salons aristocratiques de lui apporter de l’aide. Il n’obtiendra pas tout ce qu’il espérait, et cependant, en 1663, les Missions étrangères de Paris sont créées et elles vont dès lors exercer une influence qui n’est pas négligeable. Elles apporteront aussi des récits et des témoignages qui sont extrêmement précieux et qui, si je ne me trompe, sont déjà dans les tiroirs de Nguyễn Tấn Hưng.

Que celui-ci soit remercié pour son beau et patient travail, lequel s’accomplit contre vents et marées, sans jamais faiblir. Après le voyage d’Alexandre de Rhodes et son dictionnaire, après la Relation du père Marini, c’est peu dire que nous attendons avec impatience la sortie de son édition critique du témoignage laissé par le père Tissanier.

 

 

 

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commentaires

Violette Dame mauve 29/04/2013 13:57


Bonne chance à ce livre.


Bisous

Dông Phong 30/04/2013 08:55



Merci, chère Violette, de ton encouragement.


Bonne journée,


Très amicalement.






Jacques Premel-Cabic 29/04/2013 10:58


Ami Dông Phong, soit rassuré, mon com. était au second voire au troisième degré; je vais essayer d'être plus modérateur désormais, cela sera dur, vu mon tempérament oui, peut-être un peu trop
enthousiaste!!!!


Bien à toi,


Jakez

Dông Phong 30/04/2013 08:54



Merci d'avance, cher Jakez.


A bientôt,


Très amicalement.






Jacques Premel-Cabic 28/04/2013 18:55


Cher Dông Phong,


Quant à moi, je n'ose plus rien dire.........ni écrire à ton sujet !!!


C'est peut-être mieux comme cela !!!


En toute amitié,


 


Jakez

Dông Phong 29/04/2013 07:53



Mon cher Jakez,


Je serai vraiment désolé si tu ne m'écris plus de commentaire.


A bientôt donc,


Très amicalement.






marlou 28/04/2013 07:17


Bravo cher ami, et félicitations pour ce magnifique travail !

Dông Phong 29/04/2013 07:52



Merci beaucoup, chère Marlou, de tes félicitations et de ta fidèle amitié.


Bonne semaine,


Bien amicalement.