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22 mars 2014 6 22 /03 /mars /2014 05:35

 

 

Préface

 

Lama Jigmé Thrinlé Gyatso

(moine bouddhiste et poète, auteur

de plusieurs ouvrages et présentateur

du livre Le doigt qui montre la voie

aux éditions de l’Astronome)

 

 

C’est avec humilité et enthousiasme que j’ai accepté de préfacer ce livre du Vénérable Thích Trí Siêu.

Avec humilité car est-il convenable d’ajouter quelque chose à un tel ouvrage ? Et même si cela est concevable et possible, il y a des Maîtres, des bonzes, bonzesses et des pratiquant(e)s laïques du Mahāyāna vietnamien plus qualifiés que moi pour le faire, c’est indubitable.

Avec enthousiasme parce que ce livre recèle de grands enseignements extrêmement précieux, profonds et, comme ce qu’il y a de plus profond, d’une grande simplicité.

Bref, après la lecture de la traduction de Nguyễn Tấn Hưng (Đông Phong, un grand frère en poésie), j’ai quand même accédé à sa requête, en la considérant comme un immense cadeau !

 

Mon enthousiasme vient aussi de ce que ces enseignements me sont, au fond, très familiers. Dès le titre du premier chapitre : Comme tout le monde, et dès la première ligne, il est question d’expérience ; pas d’expériences hors du commun mais d’expériences ordinaires de la vie ordinaire : la naissance, les études, la vie de couple, le divorce... On se souviendra des enseignements du Bouddha sur la souffrance existentielle et les souffrances de la naissance, de la maladie, de la vieillesse et de la mort et par là même de la coproduction conditionnée en douze liens (dont il est question dans le chapitre Des afflictions et qui sont détaillés dans la note 35 : les Douze origines interdépendantes).

Mais peu importe, après tout, de connaître ou pas les enseignements et leurs noms car il suffit d’étudier pour acquérir ce savoir. Bien plus important est de découvrir le sens de ces enseignements dans la vie et de les expérimenter. Au début on voit l’auteur faire l’expérience d’un enchaînement de circonstances dont il a souffert, ce qui le mène petit à petit à réfléchir, comprendre et se tourner vers le chemin spirituel.

Les circonstances elles-mêmes ne sont ni bonnes ni mauvaises, c’est nous qui les vivons bien ou mal. Cependant, il n’est pas faux de les classer en trois catégories : positives, négatives, neutres.

Sur la voie bouddhique, au début en tout cas, il est recommandé de chercher ou de réunir les circonstances positives et d’éviter les circonstances négatives, et cela va même de soi, c’est une question de bon sens. Cependant, il n’est pas exclu que les circonstances néfastes puissent constituer une porte d’entrée sur le chemin spirituel qui en comporte quatre-vingt-quatre mille. Ainsi le poison peut-il devenir remède. Ainsi le poison est-il fondamentalement remède.

Sur notre planète - qui est considérée dans le Mahāyāna, le Grand Véhicule du Bouddhisme, comme la Terre pure impure du Bouddha Śākyamuni[1] - il n’existe pas une plante dont on ne puisse faire un remède médicinal. Eh bien il en va de même avec notre monde intérieur : pas une pensée, pas une émotion dont on ne puisse faire un support ou une méthode d’éveil spirituel. Ainsi est-il dit dans le Sūtra de Vimalakīrti, ou Sūtra de la liberté inconcevable :

« Ne renoncez pas au désir, à la haine et à l’ignorance, sans toutefois vous associer à eux. [...] Le trône de l’Éveil est l’émotion négative elle-même connue dans sa réelle ainsité. »[2]

Nous avons donc déjà tout : un potentiel extraordinaire dont, pourtant, nous ne cessons de nous plaindre ! Ce paradoxe, cette non-reconnaissance, ce manque d’appréciation, cette ignorance est notre plus grand malheur et la cause de toutes nos souffrances.

 

Difficile néanmoins d’avoir suffisamment de lucidité quand nous sommes en pleine souffrance pour appliquer une méthode. D’où l’utilité, voire la nécessité, d’un entraînement spirituel qui nous permettra d’être lucide et vigilant afin de pouvoir appliquer une méthode adéquate face à n’importe quelle situation. Et c’est là le cœur vibrant de ce livre que je vous incite à découvrir.

Le Vénérable Thích Trí Siêu nous offre un enseignement qui nous fait réfléchir, voir et comprendre. Son texte a le très grand mérite d’éclairer notre compréhension et c’est fondamental. Sans cela, à quoi bon pratiquer ? Sur quel fondement ? Avec quelle motivation ? Il nous introduit donc avec grande habileté aux trois entraînements principaux que sont l’Écoute - ici la lecture, la Réflexion et la Méditation, ainsi qu’aux Fondement, Voie et Fruit, et aux Vue, Méditation et Action.

 

C’est par les Pensée, Sentiment et Corps que le Vénérable nous amène vers la sagesse, grâce à une logique implacable. C’est cette logique qui rend l’enseignement du Bouddha si éveillant. Car il ne s’agit pas de croire à quoi que ce soit (comme cela est exposé à plusieurs reprises dans les chapitres Des afflictions et Les problèmes de Pensée), mais d’observer à l’intérieur et à l’extérieur, de faire l’expérience et de comprendre, puis d’intégrer cette compréhension au plus profond de l’être. Grâce à cette compréhension et à son assimilation nous serons beaucoup plus libres dans notre vie quotidienne et, par exemple, comme le Vénérable l’enseigne dans Les problèmes de Sentiment, grâce à notre lucidité nous ne confondrons plus amour et attachement et mettrons donc fin à la souffrance qui découle de cette confusion tellement répandue. Ainsi, sur le fondement de la compréhension juste, il est possible de remédier à la confusion et aux afflictions en les transformant, ce qui est la grande méthode du Mahāyāna présentée ici.

D’abord, il faut donc observer et comprendre comment nous fonctionnons en tant qu’être humain, sans rien occulter. Ainsi le Vénérable, dans sa grande bonté - dans le chapitre Les problème de Corps, n’occulte-t-il pas la sexualité, sujet presque jamais abordé par les Maîtres bouddhistes orientaux à cause de leur culture, alors que pour les occidentaux c’est devenu un sujet sans tabou et qui préoccupe beaucoup de gens ; de même il n’occulte pas les sujets de la mort et même de l’enfer qui sont assez tabous en Occident alors qu’ils ne le sont pas ou peu en Orient... Ensuite seulement on peut envisager les remèdes, les moyens et ce Chemin de la transformation avec l’accumulation parallèle de mérite et de sagesse.

Pour cela, il est recommandé de s’en remettre aux enseignements et aux conseils personnalisés d’un Maître spirituel authentique. Le chapitre Sur le chemin de la Voie donne de très précieux conseils, notamment sur la manière de trouver et de suivre un Maître. Ce chapitre clarifie des questions que beaucoup de gens - bouddhistes comme non-bouddhistes - se posent.

Puis le chapitre À la recherche du bonheur donne avec générosité des conseils et des exercices très simples et très efficaces pour la vie quotidienne et en particulier la vie de couple. Tout ce qu’a écrit l’auteur est tellement judicieux que j’aimerais pouvoir offrir ce livre à tout le monde !

 

Ce livre est réjouissant, inspirant, abordable par toutes et tous, et surtout, à n’en pas douter, très utile si l’on est motivé pour développer tout notre potentiel d’être humain.

Merci au Vénérable Thích Trí Siêu qui a fait preuve de tant de sagesse et de compassion en l’écrivant, et merci à Nguyễn Tấn Hưng pour avoir eu la très bonne idée de le traduire et la bonne idée aussi de nous introduire, via son avant-propos, aux circonstances positives qui l’ont conduit à faire cette traduction.

Car dès l’Avertissement au lecteur nous avons l’exemple d’un enchaînement de circonstances positives - que dans le bouddhisme on appelle parfois «coïncidences harmonieuses».

Puissions-nous toutes et tous prendre cet exemple comme un encouragement à ne jamais négliger les bonnes circonstances, comme si elles nous étaient dues ou étaient «normales» ; car c’est la négligence, autrement dit le manque de vigilance, qui nous empêche de reconnaître et d’apprécier les circonstances favorables. Ainsi le Bouddha Śākyamuni enseigna-t-il :

« La vigilance est le sentier de l’immortalité. La négligence est le sentier de la mort. Ceux qui sont vigilants ne meurent pas. Ceux qui sont négligents sont déjà morts. »[3]

Puissions-nous devenir capables de reconnaître et d’apprécier les bonnes circonstances et de les faire fructifier pour autrui et nous-même, avec bon cœur, avec cette aspiration à l’éveil altruiste. Personnellement, je considère que ce livre peut devenir une circonstance très favorable pour de nombreuses personnes, et même une cause de bonheur !

 

Aspirer du fond du cœur à actualiser l’éveil pour le bien de tous les êtres, voilà la motivation dont nous ne devrions jamais nous départir. C’est le fondement qui rend tout chemin praticable avec enthousiasme, même si chacun est libre de choisir le chemin ou la méthode qui lui conviendra le mieux, à condition de ne pas s’attacher à la méthode elle-même. C’est ce que nous dit ce proverbe vietnamien :

« Si la méthode ne fonctionne pas, change de méthode plutôt que de but. »[4]

En cheminant, il faut donc aussi faire preuve de souplesse. Car s’il faut de la discipline et de la rigueur, la raideur est à exclure, elle qui mène aux extrémismes les plus néfastes et regrettables, dans quelque domaine que ce soit, y compris dans le bouddhisme. Et l’un des points cruciaux des enseignements du Bouddha, c’est de vivre de telle manière que l’on n’ait rien à regretter au moment de la mort. Même si ce n’est pas le but ultime, c’est au moins un but très honorable pour cette vie.

 

Ce livre nous relie sans cesse au but d’une vie heureuse et à celui de l’éveil, et nous enseigne plusieurs méthodes pour, au niveau relatif, «réparer» puis améliorer nos Pensée, Sentiment et Corps et, au niveau ultime, réaliser leur absence de nature propre comme cela est enseigné dans le Sūtra du cœur de la sagesse transcendante.

Ce livre est un cadeau fait à l’humanité tout entière. Puisse-t-il, dans sa langue originelle, dans cette traduction française et, à l’avenir dans d’autres langues, être utile à chacune et à chacun ; c’est mon souhait du cœur.

 

Notes :

[1] Certains enseignements parlent en effet de «Terre pure impure» car le Bouddha souhaiterait ainsi nous inciter davantage à lʼeffort enthousiaste et à la persévérance pour le gain spirituel. Il sʼagit donc dʼune Terre pure où il y a encore des émotions et de la souffrance.

[2] Vimalakîrti, Soûtra de la liberté inconcevable, les enseignements de Vimalakîrti, éd. Fayard, Trésors du Bouddhisme, Paris, 2000, p.69

[3] Walpola Rahula, Lʼenseignement du Bouddha dʼaprès les textes les plus anciens, éd. Seuil, Points/ Sagesses, Paris, 1961, 1978, extraits du Dhammapada, p.168.

[4] Peter Moss, Proverbes dʼAsie, éd. France Loisirs, Paris, 2010, p.65.

 

 

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Published by Dông Phong - dans Livres de Dông Phong
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commentaires

marlou 23/03/2014 10:45


Tu donnes certainement très envie de le lire...Merci.

Dông Phong 24/03/2014 08:15



Merci, chère Marlou, d'avoir apprécié la préface du lama Jigmé Thrinlé Gyatso.


Bonne semaine,


Bien amicalement.






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