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4 janvier 2014 6 04 /01 /janvier /2014 05:53

 

 

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Chers ami(e)s,

Le manuscrit de cet ouvrage, qui constitue le premier fascicule de ma trilogie des « récits de voyages » des missionnaires jésuites Alexandre de Rhodes, Giovanni Filippo de Marini et Joseph Tissanier, a été rédigé en 2005, mais diverses circonstances ont empêché des éditeurs de le publier avant la Relation du P. de Marini. Monsieur Joseph Ouaknine a relevé le flambeau et a permis à ce livre de voir le jour.

J’ai donc le grand plaisir de vous annoncer la parution de mon quatorzième livre.

Dông Phong

 

Alexandre de Rhodes, s.j.

(1593-1660)

Histoire du royaume de Tunquin

 

Réactualisation et annotation de

Nguyn Tn Hưng

Préface de Philippe Papin

ISBN : 978-2-35664-087-1

Éd. Joseph Ouaknine, 408 pages

http://www.ouaknine.fr - joseph@ouaknine.fr

 

Préface

 

Philippe Papin

Université de la Sorbonne

École Pratique des Hautes Études

Histoire et Sociétés du Vietnam

 

Rares, sinon inexistants, sont les passionnés d’histoire moderne vietnamienne qui ignorent le travail d’édition critique colossal accompli par Monsieur Nguyễn Tấn Hưng depuis plusieurs années. En plus de ses travaux sur les légendes et l’histoire locale de son cher Khánh-Hòa qui ont déjà retenu l’attention des lecteurs*, il s’est en effet donné pour objectif de publier les principaux ouvrages savants et récits de voyage des missionnaires occidentaux partis évangéliser le Vietnam au XVIIe siècle, en fournissant, pour chacun d’eux, un appareil critique de tout premier ordre.

Pour ce faire, sa parfaite connaissance de la période était une condition indispensable. On en mesurera l’étendue en lisant de près les quelque six cents notes infrapaginales de cette Histoire du Royaume du Tonkin qui, chemin faisant, viennent éclairer de manière pertinente, et souvent nouvelle, les assertions d’Alexandre de Rhodes, apportant ici une précision, là un démenti, ailleurs une précision ou un complément d’information essentiel à la compréhension du texte lui-même. Disons-le simplement : il y a, en bas de la présente édition du livre d’Alexandre de Rhodes, un second livre, qui est de Nguyễn Tấn Hưng et qui nous apporte, en miroir de la vision du missionnaire, la nourriture scientifique dont nous avions besoin pour pouvoir le comprendre. Cette nourriture abondante, digeste et présentée avec élégance fait qu’on lit cette édition critique avec un plaisir intense et qu’on en ressort rassasié, repu mais léger, bien plus satisfait que nous ne l’étions, jusque-là, des maigres potages qui nous étaient servis.

La familiarité de Nguyễn Tấn Hưng avec le XVIIe siècle vietnamien, sa culture historique, ses recherches documentaires et bibliographiques, n’auraient pourtant pas suffi à faire de cet ouvrage ce qu’il est devenu. Elles l’auraient limité à n’être qu’une synthèse intelligente de nos connaissances sur la société vietnamienne de l’époque. Or la présente édition fait un pas de plus. Et ce pas supplémentaire – autant dire : cette avancée – est permis parce que Nguyễn Tấn Hưng, entre autres qualités, possède tous les secrets du Dictionarium annamiticum lusitanum et latinum qu’Alexandre de Rhodes a publié en 1651, en même temps que son récit de voyage**. Ce premier dictionnaire du vietnamien ancien est la clé de tout. Non seulement il permet de comprendre le texte lui-même, autrement dit les transcriptions curieuses (Ciuä, Vanno, Vvan, etc.), expliquant par exemple que les mystérieux Remoy sont en réalité des rợ mọi (« sauvages »), mais il autorise aussi à rentrer dans le contenu de ce qui est relaté par Alexandre de Rhodes, par exemple les rites religieux, les conseils de notables, les coutumes matrimoniales, les manière d’exprimer un décès et les différents types d’impôts. Pour établir son édition critique de l’Histoire du Royaume du Tonkin, Nguyễn Tấn Hưng a utilisé ce qui en est la matrice, comme l’avait fait Alexandre de Rhodes lui-même, et c’est ainsi qu’il parvient à éclairer les allusions qui, sans le Dictionarium, sans cette comparaison systématique du récit à la matrice, seraient malheureusement restées dans l’ombre. Plus encore : la méthode permet de rendre justice aux affirmations parfois rapides de cette Histoire du Royaume du Tonkin qui, ne l’oublions pas, avait pour principal objectif de mobiliser les puissances européennes en faveur de l’évangélisation du Vietnam. Alexandre de Rhodes, qui dédie le livre à Louis XIV, devait faire court, trouver des formules frappantes, rattacher le cas du Vietnam à ceux qui étaient connus par ailleurs, donc simplifier les choses et par exemple insister sur la proximité entre le Vietnam et la Chine ; mais, grâce au travail de Nguyễn Tấn Hưng, nous savons qu’il n’ignorait rien des subtilités locales ; par exemple, là où son récit affirme que les Vietnamiens croyaient les astres dévorés par un dragon, son dictionnaire note à juste titre que c’était un ours qui « mangeait la lune et le soleil ».

 Alexandre de Rhodes a effectué six séjours et passé dix ans au Vietnam. La connaissance qu’il avait de ce pays nous est transmise à la fois, mais de manières différentes, par sa relation de voyage et par son dictionnaire. L’un et l’autre sont importants, bien qu’ils ne relèvent pas de la même logique, ni du même mode d’argumentation. Il faut donc remercier Nguyễn Tấn Hưng d’avoir su les réunir et les remettre en perspective parce qu’ils forment, à eux deux, ensemble et en perpétuel écho, les deux faces d’un même regard occidental – qui est le premier – sur le Vietnam du XVIIe siècle.

Le texte courant d’Alexandre de Rhodes a été entièrement revu afin d’être accessible à tous. J’y suis d’autant plus sensible que je connais le prix de ce travail pour l’avoir effectué, dans un tout autre contexte, sur la langue du XVIe siècle. Moderniser le texte, tout en conservant son esprit, son sel, sa coloration d’origine, n’est pas une mince affaire. S’il est encore simple de scinder puis recomposer des phrases contournées, emboîtées, parcourues d’incises – parce qu’issues de longues complétives latines passées en français –, on craint toujours d’aller trop loin dans la révision du vocabulaire. Il faut y mettre du doigté, corriger l’indispensable, laisser intacts les mots désuets mais compréhensibles tels quels, jouer de la note à bon escient, ni trop ni trop peu, et pourtant faire preuve d’assez d’audace pour ne pas créer cette cote mal taillée qui ne contente personne. A cet exercice, Nguyễn Tấn Hưng excelle. Refermant le volume, on a la satisfaction d’avoir lu un texte clair et complet, authentique et frais, qui a gagné à être mis à jour car il fait mieux sentir, notamment dans la seconde partie, ce qu’a été l’aventure humaine de ces missionnaires aux prises avec les conditions du temps.

Il n’est pas d’usage d’écrire contre la volonté de l’auteur qu’on préface. Je vais pourtant le faire dans ce dernier paragraphe, quitte à froisser la modestie de Nguyễn Tấn Hưng qui, caché derrière ses travaux érudits, répugne à être mis en avant. Et, pourtant, comment dissimuler l’admiration que j’ai pour ses recherches historiques et linguistiques ? Pourquoi ne pas dire, simplement, que l’entreprise qu’il a formée, à laquelle il travaille sans relâche, qui doit aboutir et qui aboutira, est un modèle du genre ? J’écris ces mots à Paris et, déjà, je l’entends qui tonne à Saint-Avé. Mais j’ai passé l’âge d’obéir, même aux aînés. Alors tant pis pour vous et votre discrétion, mon cher Hưng, et merci pour ce livre admirable !

 

* Monts et merveilles au pays du bois d’aigle (Publibook, 2009, 287 p.) et Papy, conte-nous ta terre lointaine (Publibook, 2009, 145 p.).

** Nguyễn Tấn Hưng est l’auteur d’un mémoire de l’École Pratique des Hautes Études intitulé Un tableau socio-culturel du Viêt Nam du XVIIe siècle à travers le Dictionarium Annamiticum, Lusitanum, et Latinum (1651) d’Alexandre de Rhodes, S.J. (1593-1660) et d’autres écrits de missionnaires contemporains, placé sous la direction du professeur Nguyễn Thế Anh. Il a été publié sous le titre : Le Việt Nam du XVIIe siècle. Un tableau socioculturel (Paris, Les Indes Savantes, 2011).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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D
Est ce que vous êtes au courant ? 29/11: Alexandre de Rhodes et la romanisation des écritures orientales

29/11 - DiFLE, 3ème étage, salle M, SORBONNE (46 rue Saint-Jacques 75005 Paris)

JOURNÉE D'ÉTUDE



ALEXANDRE DE RHODES ET LA ROMANISATION DES ÉCRITURES ORIENTALES

Journée organisée par:

- Xuyên Lê Thị (Université Paris Diderot, EA 3967 CLILLAC ARP),

- Tôn Thât Thanh Vân (Université Paris Est, EA 4395 Lettres, Idées, Savoirs),

- Phạm Thị Kiêu Ly (Université Sorbonne nouvelle, UMR 7597 Histoire des Théories Linguistiques),

- Dan Savatovsky (Université Sorbonne nouvelle, UMR 7597 Histoire des Théories Linguistiques)



Présentation:
Les communications de cette journée, principalement consacrée à la figure du père jésuite Alexandre de Rhodes (1591-1660) et à la linguistique missionnaire en Extrême-Orient, porteront sur les différentes tentatives pour « romaniser » les écritures orientales au commencement de l’âge classique, au premier chef celle du vietnamien (le tiếng việt). Des tentatives précoces, d’abord liées aux visées missionnaires de l’Église catholique, qui ont échoué pour la plupart au moment de leur conception et n’ont véritablement abouti que deux siècles et demi plus tard, pour ce qui concerne la langue vietnamienne, au moment de la colonisation française en Cochinchine, en Annam et au Tonkin. Au-delà du cas du mandarin, on s’attardera donc sur le cas du tiếng việt, avec l’abandon progressif des idéogrammes au profit du chữ quốc ngữ, système de compromis et premier pas sur la voie d’une standardisation de l’écriture nationale.

Ainsi replacés dans leur horizon de rétrospection, les projets de transcription du tiếng việt en alphabet latin par les missionnaires jésuites, au début du XVIIe siècle, répondent de plusieurs enjeux. Enjeux linguistiques en premier lieu, relatifs à une description phonologique adéquate de cette langue à tons. Enjeux épistémologiques ensuite, relatifs à cette forme particulière de grammatisation que représentent les écritures nationales, mais aussi à d’autres formes d’outillage des langues, comme les grammaires et les dictionnaires trilingues, notamment celui qui a été publié par A. de Rhodes. Enjeux en matière de politique linguistique et de production littéraire enfin, liés à l’émancipation culturelle des Lettrés de l’actuel Việt Nam par rapport à l’Empire chinois, d’une part, et – plus tardivement – aux influences occidentales, d’autre part.



Programme:

9 h. 30 – 10 h. Xuyên Lê Thị et Dan Savatovsky : Présentation de la journée

10 h. – 10 h. 30. Catherine Marin (Institut Catholique de Paris, Groupe de Recherche Interdisciplinaire sur les Écritures Missionnaires) : L'expérience missionnaire d'Alexandre de Rhodes en Cochinchine et au Tonkin au XVIIe siècle

10 h. 30 – 11 h. Jean-Pierre Duteil (Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis, EA 1571 Pouvoirs, Savoirs et Sociétés) : Catéchèse, inculturation et écriture chez Alexandre de Rhodes

11 h. – 11 h. 15. Pause café

11 h. 15 – 11 h. 45. Dan Savatovsky (Université Sorbonne nouvelle, UMR 7597 Histoire des Théories Linguistiques) : Linguistique missionnaire et grammatisation des langues orientales

11 h. 45 – 12 h. 15. Marie-Claude Paris (Université Paris Diderot, UMR 7110 Laboratoire de Linguistique Formelle) : Systèmes complexes et système simple : sinogrammes, chu nôm et transcription alphabétique

12 h. 15 – 14 h. Déjeuner (buffet)

14 h. – 14 h. 30. Isabel Augusta Tavares Mourão (EHESS) : Regards sur le Dictionarivm Annamiticvm Lvsitanvm et Latinvm publié à Rome par la Propaganda Fide en 1651

14 h. 30 – 15 h. Phạm Thị Kiêu Ly (Université Sorbonne nouvelle, UMR 7597 Histoire des Théories Linguistiques) : Description du système phonétique du vietnamien au 17e siècle dans le Dictionarivm Annamiticvm, Lvsitanvm et Latinvm

15 h. – 15 h. 15. Pause café

15 h. 15 – 15 h. 45. Tôn Thât Thanh Vân (Université Paris Est, EA 4395 Lettres, idées, savoirs) : Linguae Annamitica seu Tunchinensis Brevis Declaratio ou de l'art de décrypter le "gazouillis des oiseaux"

15 h. 45 – 16 h. 15. Xuyên Lê Thị (Université Paris Diderot, EA 3967 CLILLAC-ARP) : Alexandre de Rhodes, premier grammairien de la langue vietnamienne

16 h. 15 –16 h. 30. Tôn Thất Thanh Vân, Dan Savatovsky et Xuyến Lê Thị : Clôture des travaux
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D
Merci beaucoup, chère amie, de l'information.
Non je ne suis pas au courant.
Parmi les intervenants, il y a Jean-Pierre Duteil : En 1999, il a publié une réédition de "Histoire du royaume de Tonkin" d'Alexandre de Rhodes. C'est complètement nul, car il n'a
pas lu le Dictionarium. Cela nous a beaucoup fait rire, Philippe Papin et moi.
Par ailleurs, dans la présentation, la date de naissance de de Rhodes est toujours 1591, alors que l'on sait maintenant que c'est 1593 !
Très amicalement.
Hung