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8 septembre 2013 7 08 /09 /septembre /2013 06:32

 

 Chinh phụ ngâm / Complainte d’une femme de guerrier

 

1. Thuở trời đất nổi cơn gió bụi,

Khách má hồng nhiều nỗi truân chiên.

Xanh kia thăm thẳm từng trên,

Vì ai gây dựng cho nên nỗi này ?

 

Quand le ciel et la terre soulèvent le vent et la poussière,

La gent aux joues roses souffre de tant de misères.

Ô Grand Bleu si lointain dans vos hauteurs,

Dites-nous donc qui a créé ces malheurs ?

  

Chers ami(e)s,

J’ai le grand plaisir de vous annoncer la parution de mon 13ème livre, honoré d’une savante préface de Monsieur Henri Copin, auquel je renouvelle mes plus vifs remerciements :

 

Đoàn Thị Điểm (1705-1748)

Chinh phụ ngâm

Complainte d’une femme de guerrier

 

Traduction et annotation de Đông Phong

Édition Joseph Ouaknine

http://www.ouaknine.fr/bienvenus.htm joseph@ouaknine.fr

ISBN : 978-2-35664-083-3

Reliure à l’ancienne, couverture cuir, dorée sur tranches

92 pages – 16 €

 

Bien cordialement.

Đông Phong

 

Préface.

Discours d’autrefois en termes nouveaux…

 Le chef-d’œuvre de la littérature vietnamienne dont Đông Phong-Nguyễn Tấn Hưng offre aujourd’hui sa traduction, se situe à un carrefour de transformations historiques, littéraires et langagières. Il apparaît au milieu du XVIIIème, une période parmi les plus troublées du Vietnam, avec ses révoltes et ses soulèvements, sa reconquête, l’instauration d’une nouvelle dynastie en 1802. 

La Complainte d’une femme de guerrier pourrait bien porter en elle le reflet de ces événements, à travers le regard personnel et intime de l’auteur, ou plutôt des auteurs. C’est ce que pensent, chacun à leur façon, les historiens de la littérature Maurice Durand et Nguyễn Tran Huan, ainsi que Lê Thành Khôi. Cette même période voit l’apogée du nôm, écriture démotique d’une langue vietnamienne qui tend à s’affranchir du chinois, et que l’on peut définir comme une écriture sino-vietnamienne. Elle s’adresse ainsi à un public plus large, qui n’entend pas forcément le chinois, et elle démontre en même temps son potentiel artistique et culturel. Les sujets traités dans la littérature en nôm sont encore d’origine ou d’influence chinoise, mais ils sont déjà vietnamisés, marquant leur relative autonomie par rapport à leur influence première, un peu à l’image des chefs d’œuvre de la tragédie du XVIIème en France par rapport aux sujets empruntés à l’histoire romaine, comme le rappellent Maurice Durand et Nguyễn Tran Huan.

Et non seulement par les thèmes ou les sujets mais aussi par la forme adoptée, la prosodie song thất lục bát ou double-sept six-huit, dont Đông Phong expose les principes et les contraintes en ouverture de ce livre. Ces contraintes, certes, d’un côté brident la créativité, mais d’un autre peuvent la stimuler, et en tout cas correspondent à un goût marqué pour la mélancolie et l’élégie, qui trouvent là leur musique retenue et plaintive. Elles la trouvent après traduction, ou plutôt interprétation, car le premier texte de la Complainte est écrit en caractères chinois, avant d’être transcrit et adapté en nôm, par Đoàn Thị Điểm, puis plus tard par Phan Huy Ich. Pourquoi rappeler ces noms si lointains ? Parce qu’il est assez rare qu’une œuvre soit plus connue par ses traductions ou adaptations, dans une langue écrite nouvelle,  que par sa version originale. Le cas mérite d’être souligné, d’autant que le texte présenté ici s’inscrit dans cette tradition et constitue une nouvelle adaptation, en français cette fois, qui prend la suite de traductions fort savantes, mais peut être un peu froides.

Traduction ou adaptation, l’hésitation n’est pas anodine. On sait que la traduction littéraire ne peut être d’une fidélité sans reproche, ou plutôt que la notion de fidélité sans reproche requiert quelques ajustements pour lui convenir. Trop fidèle, c’est la gaucherie, la fidélité rigoriste et purement lexicale. Trop peu, c’est la vraie trahison. Reste à trouver une sorte d’injuste milieu, qui laisse sa place à une part de création sensible dans la langue cible. Tel apparaît le projet de la présente adaptation, la recherche d’une certaine musique en français, qui suppose d’oublier un temps le texte de départ pour faire œuvre poétique dans la langue d’arrivée. Il nous semble que Đông Phong privilégie tout d’abord des effets de rythme, en s’accordant l’ampleur nécessaire pour dérouler son propos sans se guinder dans un mètre fixe, et tout en l’adaptant souplement au sens du passage. La diversité des rythmes est ici la règle, qu’il faut lire à haute voix pour l’entendre. Ensuite, il choisit le retour régulier de certains sons en fin de vers, mais là aussi avec grande souplesse, qui donne tantôt des rimes, tantôt de simples assonances, sous la forme du retour d’un son vocalique. Une musique discrète accompagne ainsi cette prose poétique, et lui confère le charme prenant de l’élégie.

Car tel est le bel apport de cette Complainte : cette voix d’une femme qui pleure les douleurs du temps. L’expression du sentiment personnel n’est guère la règle, alors. Le poème commence donc par une déploration générale des méfaits de la guerre, quand le ciel et le terre soulèvent le vent et la poussière… l’âme des morts aux combats est soufflée par le vent… avec d’abord la séparation du couple, et ses adieux. Ensuite, la plainte se fait plus personnelle, obsédante, c’est l’attente, avec la solitude, la tristesse pour compagne qui ramène sans cesse le souvenir de l’absent et le regret de ne pas avoir assez profité du temps partagé. Chaque pas dans la cour me ravive cent sentiments désolés…  La nature affligée sans cesse évoquée est le miroir fané de la tristesse et du regret, la pie, le coq, les insectes bruissants, le couple de loriots, tous les animaux, et même les plantes, sont les compagnons de l’amertume et du temps qui fuit en emportant la jeunesse, tandis que le cœur reste désespérément fidèle. Il faut attendre la fin du chant pour que la perspective du retour se colore d’espoir et de joie projetée, pour vous je verserai du vin dans une tasse d’or, nous renouerons les fils jusqu’à notre vieillesse ! Finalement cette complainte, si personnelle, si actuelle et si moderne dans l’expression douloureuse du sentiment intime coulé dans le langage poétique, est un magnifique chant d’amour conjugal sublimé par l’absence.

 

Henri Copin

Université de Nantes

Académie Littéraire de Bretagne et des Pays de la Loire

 

Couverture CPN


       

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commentaires

M

Le ciel et la terre soulèvent encore tant de poussières de par le monde! Peut-on espérer qu'ils se calment un jour pour nous offrir une douce brise au coeur d'un arc en ciel?


Amitiés
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D


Bonjour Mahina,


Malheureusement, comme l'a écrtit Ernest Hemingway : tant qu'il y aura des hommes...


Bon dimanche,


Bien amicalement.






Y

bonjour cher ami


un thème malheureusement toujours d'actualité 


c'est un bel hommage aux femmes que de te placer en traducteur (adaptateur ) 


bonne chance pour ce nouvel ouvrage et à bientot j'espère 
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D


Chère Yvette, je suis très heureux de te retrouver ici avec ton aimable commentaire.


Merci.


Bonne journée,


Très amicalement.






J

La Terre qui était Lointaine, nous revient très proche. Quel petit bonheur de retrouver ce site si riche et passionnant.


Grand succès à "Chinh phu ngâm".


Salut à toi, très cher Vent d'Est.


 


Très amicalement,


 


Jakez
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D


Merci, cher Jakez, de ton aimable commentaire.


A bientôt,


Très amicalement.









M

Un grand mercfi pour le beau cadeau !


Amicalement
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D


Chère Marlou, 


Merci de ton aimable commentaire.





De tous les temps, et sur tous les continents, ce sont les femmes qui souffrent le plus des guerres que se livrent les hommes.


 


J'espère que les événements se calment chez toi en Egypte.


 


Bien amicalement.